Où sont les Belges?

L'édito de François Bailly.

Où sont les femmes? Refrain connu au top de nos entreprises. Pas plus tard qu’hier, Ecolo et Groen l’ont encore entonné pour dénoncer le manque d’administrateurs au féminin dans les conseils de nos entreprises publiques (bpost, Belfius…).

Nous, désolés Mesdames, on a même envie de dire: où sont les Belges? C’est dingue. Prenez le Bel 20 et une calculette. Vous y trouverez un Australien, un Brésilien, deux Néerlandais, cinq Français, un Américain et même un Italien. Il vous reste neuf CEO. En 2018, les Belges ne représentent plus la moitié des patrons de notre indice boursier phare. Notre benchmark.

On plaide pour un Belge à la tête de Solvay. Pour nous faire rayonner.

À L’Echo, on n’a pas cessé de tapoter sur nos smartphones depuis l’annonce surprise, mardi, du départ de Jean-Pierre Clamadieu de son poste de n°1 de Solvay. Qui pour lui succéder? Qui pour concrétiser la mutation d’un de nos plus beaux avoirs industriels, l’un des derniers fleurons? Bilan: pas un Belge n’est cité.

Certes, Solvay s’est fortement internationalisé ces dernières années et ses défis sont mondiaux. Mais quand même. Où est passé le temps des capitaines d’industrie? Le temps des Frère, Boël, Beckers, Goossens.

Certes, comme Solvay, la plupart de nos champions nationaux se sont ouverts au monde. Souvent avec succès. AB InBev domine la planète brassicole. Ahold ce n’est plus Delhaize. Et ING, ce n’est plus la BBL. Mais pourquoi, à chaque fois, les commandes tombent-elles de l’autre côté?

Dépit? Manque d’ambitions? Manque d’excellence? Et pourquoi, quand ils sont bons, nos big boss se retrouvent-ils à l’étranger, chez Heineken, Mondelez, Nestlé? Sont-ils, alors, trop bons pour tirer nos entreprises encore plus vers le haut?

Franchement, soyons chauvins et un peu nationalistes sur le coup. Nous, on plaide pour un Belge à la tête de Solvay. Pour nous faire rayonner. Et, allez, on se mouille: on aurait voulu/envisagé/rêvé* (biffez la mention inutile) que quelqu’un pense, par exemple, à un Bernard Delvaux (Sonaca).

Au-delà du cas Solvay et des calculs du Bel 20, ce qui nous attriste surtout, c’est à quel point la fonction a perdu de son aura ces derniers temps. Qui, hors des cénacles économiques, connaissait Jean-Pierre Clamadieu en Belgique? Qui a déjà entendu parler, dans le grand public, de Jean-Christophe Tellier (UCB) ou de Charles Bouaziz (Ontex)?

Où sont nos CEO dans les journaux? Nulle part. Trop peur du bad buzz ou d’une question piège (pléonasme) sur leurs salaires.

La preuve par Proximus où, dès qu’elle sort de ses tours pour défendre son business, Dominique Leroy se fait tancer par son ministre de tutelle Alexander De Croo. Mais quand ils l’auront dégoûtée, qu’elle partira brouter l’herbe ailleurs, il ne faudra pas pleurer. Qu’on n’a pas de femme, qu’on n’a pas de Belges…

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