Oui, le durable est payant

Rédacteur en chef adjoint

La rétrogradation d’Emmanuel Faber, CEO de Danone, met à nouveau en balance l'équilibre entre l’éthique et le rendement pour les actionnaires. Bientôt, il ne sera plus possible de faire un choix.

Peut-on être éthique et rentable ? C’est la question soulevée cette semaine par la mise à l’écart d’Emmanuel Faber, patron de Danone et véritable rock star de la cause durable. Faber devra céder le fauteuil opérationnel du groupe pour se concentrer sur la présidence de son conseil d’administration. Son tort, selon certains actionnaires activistes: une gestion délaissant la rentabilité, rentabilité effectivement en retrait par rapport à la concurrence. L’épisode a réveillé le souvenir d’un autre clash philosophique du même ordre en 2017, celui du méga-rachat avorté d’Unilever par Kraft Heinz, deux titans aux antipodes sur le front éthique. C’est dire que le "capitalisme durable" cher à l’ancien vice-président américain Al Gore doit encore ouvrir quelques fronts pour pouvoir s’imposer dans nos sociétés.

Ce capitalisme durable est pourtant non seulement possible et moralement louable, mais il est aussi obligatoire. C’est le sens de l’histoire. Le temps est révolu où écologisme et entreprise s’opposaient. Ainsi le montrent les mouvements tectoniques à l’œuvre aujourd’hui.

"Ne pas suivre le tournant durable crée un nouveau type de risque que patrons d’entreprise et investisseurs auront à inscrire sur leur bilan."

À l’aune de la crise sanitaire, déjà: "Green Deal" et plans de relance entrant dans la danse, les flots financiers vont inonder la cause environnementale. Les constructeurs automobiles ont aussi pris le tournant à la corde. Volvo a annoncé cette semaine qu’il ne fournirait plus que des voitures électriques d’ici 2030. Un mouvement lancé par Ford le mois passé, et partiellement suivi ce vendredi par Volkswagen. On ne compte plus non plus les centaines de milliards de dollars débloqués par les groupes pétroliers et autres sociétés de trading en matières premières à destination des énergies renouvelables. Ni les initiatives d’entreprises qui considèrent important d’intégrer dans leur stratégie le respect de règles tant environnementales que sociales et climatiques. Un tournant qui semble rentable: en bourse, les actions de société étiquetées "durables" offrent de meilleurs rendements que les autres.

Ces bifurcations radicales posent de réels défis, mais offrent aussi de magnifiques opportunités en termes de stratégie, de nouveaux marchés et d’innovation. Bien en maîtriser les enjeux, c’est s’assurer un avenir. Ne pas en être crée un nouveau type de risque que patrons d’entreprise et investisseurs auront à inscrire sur leur bilan. C’est le pari fait par les actionnaires de Danone. L’avenir nous dira s’ils ont eu raison de préférer la rentabilité à l’éthique de leur entreprise.

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