Ouvrir la chasse aux entreprises zombies

Journaliste

Faute d'outils ad hoc, les aides covid n'ont pas été réservées aux seules entreprises saines avant crise, mais ont aussi été aspirées par des sociétés fantômes ou zombies. Ces dernières s'avèrent plus nombreuses qu'on ne croyait et se nourrissent de la crise. On devrait les écarter des plans de relance.

On pourrait croire qu'en période de crise, les sociétés qui vivotent soient les premières à disparaître de la scène, ce qui serait bénéfique pour l'économie en général, qui en ressortirait assainie. C'est pourtant loin d'être le cas durant cette crise pandémique, comme cela avait déjà été observé lors de la crise financière. La Belgique compte toujours près de 300.000 sociétés fantômes (sans aucune activité), ce que l'on savait déjà, mais aussi quelque 40.000 sociétés zombies (sans capitaux propres), ce qu'on ignorait jusqu'à ce que le bureau Graydon se penche sur le phénomène. Et malheureusement, on peut supposer qu'une bonne partie de ces fantômes et de ces zombies sollicitent des aides covid... et qu'elles les reçoivent.

Ces entreprises contribuent peu, ou pas du tout, à l'économie: pas de croissance, pas d'innovation, maintien (quand il y en a) d'emplois précaires, faible adaptabilité... Et quand elles sont actives, elles sont susceptibles de fausser la concurrence (prix, conditions...).

Il est sans doute trop tard pour corriger le tir au niveau des aides d'urgence pour faire face à la crise pandémique. De l'avis d'experts, bien qu'ils aient annoncé qu'on n'aiderait que les entreprises saines avant crise, nos gouvernements n'ont pas disposé des outils nécessaires pour effectuer ce tri. On n'a donc pas pu séparer le bon grain de l'ivraie, pour paraphraser l'économiste Rudy Aernoudt qui a préfacé l'étude de Graydon.

Le recours à l'intelligence artificielle devrait s'imposer pour identifier ces fantômes et ces zombies qui "congestionnent" le tissu entrepreneurial.

Il n'est pas trop tard, en revanche, pour en tenir compte dans les plans de relance définis au niveau fédéral et dans les Régions. Le recours à l'analyse des données et à l'intelligence artificielle devrait s'imposer pour identifier ces fantômes et ces zombies qui "congestionnent" le tissu entrepreneurial et les écarter des projets et filières retenus. Cela permettrait d'enfin concentrer les efforts - et l'argent public - sur les secteurs et les opérateurs sains avant mars 2020 et dont les activités contribuent au progrès économique, social et environnemental.

Accessoirement, nos législateurs devraient se demander si l'heure n'est pas venue de tricoter un bout de loi qui donnerait quelque pouvoir aux tribunaux de l'entreprise pour traquer aussi les zombies. Ils l'ont fait en 2017 avec la loi contre les sociétés fantômes, qui a permis d'en réduire le nombre de quelque 40.000, et où le combat continue. Dans la foulée, on pourrait créer un dispositif pour radier les sociétés aux capitaux propres négatifs ou incapables, sur plusieurs années, de payer leur charge d'intérêts. Pour faire place nette aux entreprises qui jouent le jeu avec fair-play.

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