Oxygénons la société!

©Sofie Van Hoof

Pour qu’il y ait progrès, il faut qu’il y ait mouvement.

Si les sondages s’avèrent, dimanche soir, quatre Flamands sur dix auront voté pour des partis prônant la fin de la Belgique. Quatre Flamands sur dix auront soutenu une formation défendant le repli communautaire, la langue comme facteur exclusif d’une cohésion sociale et d’une identité culturelle. Et, par ricochet, involontairement ou non, ces mêmes électeurs auront opté pour le rejet de l’autre, celui qui n’est pas "comme moi", qui ne lit pas le monde "comme moi", du moins pas dans le même idiome…

Politologues et autres observateurs de la sphère politique argueront que ces votes en faveur de la N-VA et du Vlaams Belang – les deux principaux partis favorables à l’avènement de la nation flamande – recouvrent des motivations diverses. À juste titre. Et partant des profils fort variés. Entre partisans d’une droite "décomplexée" comme dirait Nicolas Sarkozy (et en la matière la N-VA se révèle efficace et séduisante), pourfendeurs de l’ordre établi, déçus des formations "traditionnelles", petits épargnants désabusés, flamingants romantiques ou gens fortunés craignant des heures sombres, le spectre est en effet assez large.

Pourtant, quelles que soient les motivations de ces citoyens, le résultat demeurera: quatre Flamands sur dix auront voté pour un parti sécessionniste…

Si, une nouvelle fois, les sondages s’avèrent, dans la capitale comme en Wallonie, des partis proposant des extrêmes d’un autre genre qu’une séparation nationaliste (notamment le PTB) devraient ravir des voix par paquets et envoyer des élus au Parlement. Une tendance observée plus largement sur le Vieux Continent: à l’heure où plus d’un demi-milliard d’Européens sont appelés aux urnes, nombre d’Etats affrontent ces mouvements populistes.

Tous, d’Anvers à Athènes, de la droite noire à la gauche rouge sang, partagent ce point commun d’avancer des programmes qui ont démontré, jusque dans l’horreur abjecte et industrielle, leur vacuité.

On ne construit pas le futur sur base des plans erronés du passé.

La résurgence de ces idées, qui s’est accentuée ces dernières années, s’abreuve évidemment d’une crise lancinante qui engourdit cette partie du monde depuis plus de trois décennies et de son corollaire, une dualisation sociale abrutissante.

La responsabilité nous en incombe. Individuellement, de manière inégale (certains font plus que d’autres). Collectivement aussi. Car ceux qui se sont proposés pour orienter la chose publique n’ont pas réussi, non seulement à inverser la tendance, mais surtout à donner des perspectives nouvelles à une population s’appauvrissant.

Alors que la planète vit une révolution technologique qui modifie profondément, et à une vitesse jamais observée, les modes de communication et de consommation, l’école enseigne la même chose et de la même manière qu’elle le faisait voici trente ans (voire davantage), la classe politique se débat sans parvenir à trouver des réponses constructives et rassurantes, et les syndicats, tétanisés par une atteinte "aux acquis sociaux", deviennent rétifs à tout changement.

Pour qu’il y ait progrès, il faut qu’il y ait mouvement.

Si donc les sondages s’avèrent, dès lundi, au-delà de la formation d’un gouvernement, au-delà des clivages politiques, au-delà des problèmes (importants) qui se poseront dans les cinq années de législature, il sera plus qu’urgent d’esquisser une économie crédible, novatrice, en phase avec son époque, de favoriser les conditions de son éclosion. De véritablement oxygéner la société. Sous peine de la voir s’étouffer, écrasée par la charge des retraites, par son manque d’ambition, par son absence de dessein post-industriel, finalement par sa propre propension à une immobilité assassine.

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