Pas de CEO au rabais

Dominique Leroy quitte Proximus

Dominique Leroy est une ambitieuse, et vous savez quoi? Ce n’est pas un gros mot. Il était écrit dans les astres, depuis sa nomination à la tête de l’entreprise, que les tours de Proximus deviendraient un jour trop étroites pour sa patronne. On dit souvent que la Belgique est incapable de produire des patrons d’envergure internationale. C’est faux, la preuve encore une fois, et c’est déjà une chance pour feu Belgacom d’avoir pu compter sur Dominique Leroy pendant presque six ans. Pour devenir Proximus. Pour renouer avec la croissance. Pour forcer cette mutation digitale à laquelle toute entreprise historique, à la structure héritée, doit faire face (bonjour KBC).

L’État belge se retrouve avec deux fleurons sans capitaine: Proximus et bpost. A un moment plus que charnière.

Bref, pour l’aider à se réinventer. En 2019, Proximus est l’un des opérateurs télécoms au socle le plus stable d’Europe. Sa diversification est en route. Les métiers du passé ont été remplacés par d’autres. Il y a eu du courage dans un contexte de plus en plus concurrentiel, avec des paramètres peu évidents.

Proximus perd sa patronne, non pas pour une question de salaire limité, non pas parce que le politique lui a parfois (trop souvent?) cherché des poux au point qu’elle en devienne de moins en moins visible, mais parce qu’elle est ambitieuse. Le drame, c’est que Dominique Leroy part au pire moment: alors qu’un plan de transformation inédit comprend 1.900 départs est initié et doit définitivement l’ancrer dans le futur. Le message, c’est qu’on ne remplace pas une Dominique Leroy comme cela.

Avec le départ de Koen Van Gerven de bpost et maintenant de Leroy chez Proximus, l’État belge se retrouve avec deux fleurons sans capitaine. Chaque fois, à un moment charnière. Avec des normes salariales fixées au plancher comparé à ce qui se fait à l’international, une politique actionnariale insuffisamment claire au vu de l’ampleur des défis et personne dans le cockpit fédéral pour décider d’une vraie stratégie pour nos entreprises publiques. Autant d’éléments qui compliquent la situation.

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Or, il faudra être ingénieux si l’on veut des patron(ne)s belges. Il faudra agir vite pour maîtriser la vague digitale. Il faudra être ambitieux si l’on veut que bpost et Proximus continuent d’être sur la liste des prédateurs et non des proies le jour où, inévitablement, s’organisera la consolidation européenne des marchés postal et télécom.

Sans une once de nationalisme, d’orgueil et d’ambition venue d’Amsterdam, PostNL ne serait plus néerlandaise, bpost l’aurait avalé et serait encore plus forte aujourd’hui. Ne l’oublions jamais. Tirons-en, au moins, cette leçon. Un fleuron, c’est un centre de décision, c’est de l’emploi même si sa base évolue et que le contexte concurrentiel oblige à plus de flexibilité et d’agilité. Ne prenons jamais ces questions à la légère.

Notre dossier sur la démission de Dominique Leroy

 

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