Pékin joue avec le pare-feu

©Nima Ferdowsi

Peut-on encore parler du web chinois ? Plus on s’y attarde, plus on a l’impression que la Chine s’enferme dans le plus grand intranet au monde. 

Depuis qu’elle s’est connectée au réseau, il y a une quinzaine d’années, Pékin s’obstine à ériger une muraille de «bienveillance» autour des internautes chinois («la Grande Muraille pare-feu»): des milliers de cyber-policiers, un réseau de citoyens collabos, et naturellement une panoplie de lois de censure à brandir sous le nez des fournisseurs de services. 

Jusqu’à présent, les géants américains du web s’étaient montrés aussi dociles que leurs semblables chinois. Google, Yahoo, Amazon, eBay et consorts mordent sur leur chique, acceptent tous les caprices des caciques locaux pour s’assurer un morceau du gâteau de 360 millions d’internautes chinois. Au risque d’écorcher leur image. Mais le jeu en vaut-il vraiment la chandelle ? 

Hier, Google a jeté un pavé dans la mare. Le plus grand moteur de recherche au monde remet en cause son positionnement – stratégique mais peu rentable – en Chine. Il refuse de continuer à jouer le jeu de la censure aux côtés de concurrents locaux dociles et privilégiés comme Baidu. Pékin ne va certainement pas céder à ses exigences: la Chine ne recule jamais lorsqu’elle est mise sous pression. 

Mais elle aurait tort de croire qu’elle peut laisser partir Google impunément. Un tel départ ne peut-être perçu que comme un mauvais signal, une dégradation du climat des affaires, par les entrepreneurs étrangers. Ces dernières années, le débat politique a connu une réelle évolution grâce au web et malgré la censure.

Si l’annonce de Google se confirme, elle incarnera la crispation d’un régime à la fois débordé par Internet et prêt à tout pour contrôler ce qu’il s’y passe. Le communiqué de Google confirme d’ailleurs le souci que les entreprises peuvent se faire: outre lui-même, au moins vingt autres grandes sociétés de tous horizons ont été visées par une attaque qui a tous les attributs d’un hacking d’Etat.

par  Frédéric Rohart
Journaliste

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