Pensions: un projet de réforme trop faible

Quelques avancées, des faiblesses, une erreur et un pari. Voilà ce qu'inspirent les propositions de la ministre Karine Lalieux (PS) pour la très attendue réforme des pensions.

Les pistes évoquées par Karine Lalieux apportent davantage de clarté et d'équité, en particulier avec l'introduction d'un âge de la retraite "souple" (entre 60 et 67 ans), assorti d'une condition de carrière de 42 ans pour tous. Une attention bienvenue est portée aux femmes, par exemple via la volonté de mieux tenir compte des temps partiels dans le calcul de la pension. On saluera aussi le statu quo fiscal pour les pensions complémentaires (2e pilier). Le relèvement de la pension minimum à 1.500 euros net est également positif. Il concerne un salarié sur cinq et deux indépendants sur trois.

En revanche, l'accès à cette pension minimum serait conditionné à dix ans de travail effectif. C'est trop peu. Mais, sachant que l'aile libérale du gouvernement en exige 20, on gage ici que Karine Lalieux adopte une posture de négociation et vise un compromis proche de 15 années. C'est d'ailleurs une autre faiblesse du dispositif annoncé par la ministre: beaucoup de concertations restent à mener, que ce soit au sein de la Vivaldi ou avec les partenaires sociaux. C'est logique, c'est une première étape, mais vu les divisions que suscite cette thématique sensible, la teneur exacte de la réforme s'écrit à ce stade en pointillé.

Une uniformisation des règles entre indépendants, salariés et fonctionnaires est nécessaire.

L'épure en gestation recèle également une erreur fondamentale: elle n'aborde en rien une harmonisation des différents régimes de pension. Or, aujourd'hui, les fonctionnaires sont significativement mieux lotis (âge moyen de départ à la retraite inférieur, taux de remplacement meilleur, régimes spéciaux…). Une uniformisation des règles entre indépendants, salariés et fonctionnaires est nécessaire, par souci d'équité, pour favoriser la mobilité professionnelle et pour tenir compte de carrières de plus en plus mixtes.

Enfin, la réforme proposée comporte toujours un gros point d'interrogation: le financement. Le coût budgétaire lié au vieillissement (pensions et soins de santé) dépassera les 30% du PIB en 2050, soit 5,5% (ou 26 milliards d'euros) de plus qu'aujourd'hui. Pour nouer les deux bouts sans toucher à d'autres leviers (comme les cotisations), le pari est de relever suffisamment le taux d'emploi. La Vivaldi ambitionne d'atteindre 80% en 2030 (contre 71% actuellement). La note Lalieux comporte quelques incitants pour maintenir les gens actifs plus longtemps, à l'instar du bonus pension, mais leur efficacité reste controversée. Le chemin est, de toute façon, encore long et escarpé. Il nécessitera bien d'autres efforts. Le risque majeur est donc que la réforme des pensions portée par la Vivaldi ne stabilise pas durablement notre système de retraite. 

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