Place aux hommes d'Etat

Rédacteur en chef

"Ochi". Non. Ce dimanche, la majorité du peuple grec a clamé son opposition à l’austérité qu’entendent lui imposer ses créanciers contre quelques nouvelles bouffées d’oxygène pécuniaires.

Absurde, risqué, le coup de poker d’Alexis Tsipras conforte le gouvernement grec dans sa résistance aux mesures d’austérité. Alors qu’en janvier déjà, les urnes avaient délivré ce message, portant Syriza et son partenaire de circonstance, le parti des " Grecs Indépendants ", au pouvoir. Une confirmation donc. Qui aura coûté sept jours dans un agenda où les heures sont comptées… Absurde et risqué.

Politiquement, reconnaissons toutefois que le Premier ministre grec a réussi un coup de maître. Un coup populiste à crever mais un joli coup quand même : voici les tenants de l’austérité, Allemagne en tête, sans parler du " vilain " Fonds monétaire international, vomi par tous les communistes de la planète, placés devant le mur " démocratique " de la détresse humaine, du malheur de l’une des nations fondatrices de la civilisation occidentale, sous le regard médiatique d’une bonne partie du monde. Sur le plan politique et symbolique, Alexis Tsipras et son charismatique ministre des Finances, Yanis Varoufakis (démissionnaire ce lundi), ont emporté une manche.

Riche de cette confirmation, le duo est toujours aussi pauvre en solutions crédibles aux yeux de ses partenaires européens. Car, ce lundi, après l’euphorie de la victoire, ce n’est qu’un retour à la case départ qui les attend. Avec une semaine de retard et un échéancier financier inquiétant. Hormis sa dimension tragique exacerbée, l’équation demeure inchangée : la Grèce est confrontée à une dette insurmontable et ses créditeurs exigent un plan de mesures empreint d’austérité.

Sept jours plus tard, plus que jamais, l’Europe a besoin d’hommes d’Etat. Des hommes et des femmes politiques capables de raisonner au-delà de leur prochain rendez-vous électoral. Des hommes et des femmes politiques capables de se projeter dans un avenir qui ne se mesure pas en mois mais en années, sinon en décennies. Des hommes et des femmes politiques qui construisent plus qu’ils ne défient.

Dans les prochains mois, la Grèce aura besoin d’hommes d’Etat capables d’implémenter un système fiscal digne de ce nom, fondement d’une nation moderne, de mettre un terme à des privilèges moyenâgeux tels que ceux accordés à l’Eglise orthodoxe. Pour ne citer que l’essentiel et l’emblématique. L’Europe aura, quant à elle, besoin de dirigeants qui, après cinq ans de perfusions inefficaces, oseront parier sur une renaissance hellène en effaçant une part substantielle - la moitié voire les deux tiers - de la dette d’Athènes. Car, comme l’écrivait Aristote dans sa " Poétique ", " La richesse consiste bien plus dans l’usage qu’on en fait que dans la possession "…

L’alternative reste aujourd’hui limpide. Soit trouver une voie durable pour relancer la Grèce sans couteau sur la gorge. Soit poursuivre sur ce chemin fait d’emplâtres, de sparadraps successifs avec le risque au mieux de renouveler les cinq dernières années, au pire de plonger dans l’inconnue d’une sortie de la Grèce de l’euro, peut-être de l’Union européenne. Avec, dans ce scénario, au-dessus de la tête de l’ensemble des Européens, cette épée de Damoclès que résume la sentence successivement attribuée à Otto von Bismarck et à Winston Churchill : " Les Balkans créent plus d’histoire qu’ils n’en peuvent consommer ".

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés