Plus d'excuse pour s'attaquer aux embouteillages

Journaliste

Sans surprise, le télétravail structurel est une solution insuffisante à la congestion dans et vers Bruxelles qui mérite une concertation fructueuse entre entités.

Les données disponibles n'offrent pas encore un tableau limpide de la situation. Si Bruxelles Mobilité estime que le volume de trafic dans les tunnels de la capitale est 6% plus bas qu'en septembre 2019, TomTom constate cependant 2 à 7% de congestion en plus en Région bruxelloise. Pas d'unanimité statistique, mais un ressenti malgré tout unanime chez ceux qui ont repris le volant à la rentrée: c'est de nouveau l'enfer sur les routes.

Et ce n'est pas tout à fait surprenant. Dès le début de la crise sanitaire, Stratec avait affirmé que le télétravail ne serait pas une solution miracle en matière de mobilité. En bref, le bureau d'études préconisait des mesures contraignantes pour éviter le phénomène d'appel d'air. La voiture restant un outil extraordinaire pour se déplacer, toute réduction du trafic liée au travail à domicile serait inéluctablement compensée par de nouveaux déplacements venant occuper l'espace libéré.

Cela rejoint un constat émis par la direction de la Stib qui estime qu'une partie de ses anciens usagers manquant encore à l'appel ont bien repris le chemin du travail en présentiel, mais à l'aide d'un véhicule personnel plutôt qu'en transports en commun. Ceux-ci sont boudés par une partie de la population pour des raisons évidentes: la voiture était redevenue ces derniers mois une option avantageuse tandis que les transports publics représentaient un risque de contamination.

Toute réduction du trafic liée au télétravail est inéluctablement compensée par de nouveaux déplacements venant occuper l'espace libéré.

Il faudra donc convaincre d'ex-habitués de reprendre les transports collectifs en plus d'attirer de nouveaux adeptes. On le répète depuis longtemps, cela passera par des investissements massifs, de la part de tous les niveaux de pouvoir, pour améliorer la connexion entre la capitale et son hinterland. Et, éventuellement par des mesures plus coercitives et impopulaires telles que la réduction du parking.

Malgré la crise, la Région bruxelloise avait investi plus d'un cinquième de son budget dans la mobilité (!) en 2021, prenant plus que jamais ses responsabilités. Face aux réticences du PS et des autres régions, son projet de taxation kilométrique SmartMove visant à réduire la congestion est toutefois mis entre parenthèses. De ce manque de recettes espérées dès 2022 découle un étalement des investissements bruxellois dans la mobilité.

Le télétravail a pu donner l'illusion d'une solution facile. Retour à la réalité: il est plus que temps pour toutes les entités du pays d'élaborer et financer ensemble un plan interrégional de mobilité ambitieux pour en terminer pour de bon avec ces embouteillages qui pèsent sur l’économie nationale et minent la qualité de vie en ville.

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