Prière de ne pas rire

Joan Condijts

La Belgique apparaît comme un labyrinthe institutionnel où les subsides coulent sans faire pousser.

Dans la phrase suivante, vous lirez pourquoi Umicore n’installera pas sa prochaine usine de batteries rechargeables et le demi-milliard d’euros qui l’accompagne dans la campagne du Plat Pays qui est le nôtre. "Du personnel qualitatif, des coûts compétitifs, un usage durable de l’énergie, l’aspect logistique et la rapidité pour obtenir les permis." Tels sont les éléments que Marc Grynberg, le patron du spécialiste en matériaux de la rue du Marais, en plein cœur de Bruxelles, compte examiner pour choisir le lieu d’installation de sa future fabrique quelque part "en Europe".

La Belgique apparaît comme un labyrinthe institutionnel où les subsides coulent sans faire pousser.
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Relisons calmement. "Du personnel qualitatif." Non que la Belgique n’en ait pas mais les entreprises belges ont de plus en plus de mal à en trouver. À tel point que certaines, faute de dénicher les perles locales, s’envolent ailleurs. "Des coûts compétitifs." Le gouvernement fait des efforts: réforme de l’impôt des sociétés, tax shift (eke). "Un usage durable de l’énergie." Prière de ne pas rire. Quinze ans que les exécutifs successifs annoncent la fin du nucléaire. Qui n’est pas prêt de s’éteindre. "L’aspect logistique." Là, on est champion. "La rapidité pour obtenir les permis." Désolé, cette fois, difficile de ne pas rire… Umicore ne choisira pas la Belgique. CQFD.

Le dossier que L’Echo consacre cette semaine ("Silicon Belgium", lire en pages 4 et 5) aux start-ups et aux entreprises de nouvelles technologies en Belgique, montre les mêmes indispositions d’une économie mûre, à la réglementation aussi épaisse que feus les bottins téléphoniques. Vue de loin, la Belgique apparaît comme un labyrinthe institutionnel où les subsides coulent sans faire pousser.

Pourtant, comme le montre tout autant "Silicon Belgium", les ingrédients sont réunis. Les capitaux privés sont colossaux mais trop peu est encore fait pour les mobiliser. Les atouts pullulent. Les talents fleurissent. Mais il faut les retenir, les cultiver. Les belles histoires s’écrivent (Collibra, Qover, Real Impact Analytics devenu Riaktr) mais notre modestie légendaire nous empêche de les clamer… Depuis 2010, les start-ups technologiques ont généré 3.000 emplois à Bruxelles. Timide, le mouvement s’accélère. Bruxelles peut se rêver Berlin. Et Umicore pourrait même finir par y penser à cette Belgique moins segmentée, mieux régentée, pour installer son usine et son demi-milliard.

Avec un zeste d’ambition, une cuillerée de folie. À prescrire à ceux qui font et défont les règles. À imposer dans les classes à des passeurs devenus frileux. À rappeler dans les bureaux et partout où la créativité s’évanouit, où le rire devient cynique…


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