Produits de base, salaires: attention danger!

Hausses salariales record en Allemagne, flambée des cours pétroliers, augmentation des prix des produits de base... La stagflation guette.

Bruxelles (L'Echo) - Il y a trois mois, on le redoutait sans trop y croire. Aujourd’hui on commence à y croire sérieusement: la stagflation guette!
Tous les signaux sont à l’orange en effet, désormais. Derniers indicateurs en date, publiés hier jeudi: le taux d’inflation en France, qui dérape en janvier à un niveau inédit depuis 16 ans (2,8% en glissement annuel); les prévisions macro-économiques de la Commission européenne, ensuite, qui révise à la baisse son pronostic de croissance du produit intérieur brut du vieux continent cette année. Au rythme où semblent aller les ajustements baissiers des prévisions des différentes institutions expertes en la matière, on est en droit de se demander si ces chiffres ne vont pas bientôt virer au rouge.

La Commission prévoit parallèlement une très forte hausse des prix cette année (+2,6% dans la zone euro, contre 2,1% selon une estimation précédente, datant de novembre). La hausse des prix pétroliers -le baril de brut cote à nouveau à 100 dollars-, les fortes revendications salariales en Allemagne (largement exaucées mercredi dans le secteur des fabrications métalliques) et les hausses de prix de nombre de  matières premières et de produits intermédiaires (ArcelorMittal a annoncé hier une nouvelle hausse du prix de ses aciers plats) sont naturellement pour quelque chose dans ce dérapage attendu des prix.

Bref, le rythme de hausse des prix s’accélère tandis que la croissance économique patine: c’est précisément la définition de la stagflation. Et les Etats-Unis sont tout aussi concernés que l’Europe. Ce phénomène n’arrange personne, pour rappel. Les ménages ne s’accommodent que contraints et forcés de la valse des étiquettes (dans la grande distribution française, les prix ont augmenté de 3,6% sur un an, selon des chiffres également diffusés hier) et les entreprises souffrent de leur côté de la stagnation des volumes liée à l’affaiblissement conjoncturel.

Pour couronner le tout, la Banque centrale européenne, ultime gardienne de la stabilité des prix, se retrouve confrontée à un lourd dilemme: relever les taux pour combattre les hausses de prix, au risque de provoquer une récession, ou bien les abaisser, pour stimuler la croissance, au risque de voir les prix déraper sérieusement. Le commissaire aux Affaires économiques et monétaires, Joaquin Almunia, continue d’exclure tout scénario de stagflation, mais cela ressemble de plus en plus à un vœu pieux.

Denis Laloy

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