Protéger ses citoyens, c'est protéger ses données

Journaliste

L'équilibre délicat entre les besoins sécuritaires d'un monde devenu numérique et la confiance des citoyens semble impossible à trouver en Belgique.

Le projet de loi sur la conservation des données issues des télécommunications, discuté en ce moment au sein du gouvernement fédéral, est un nouveau rappel de la non-capacité de notre pays à appréhender les enjeux liés au numérique.

Le texte prévoit d'imposer la suppression du cryptage pour les applications comme WhatsApp, Signal ou Telegram, qui seraient utilisées par les criminels pour communiquer. Si la demande peut paraître légitime, d'un point de vue sécuritaire et judiciaire, elle est dans les faits irréaliste et porte, une nouvelle fois, atteinte à la vie privée des Belges.

En effet, il est impossible de déchiffrer les conversations de quelques utilisateurs ciblés par la justice. Il faudrait donc avoir sur le sol belge une version de WhatsApp ou Signal complètement déchiffrée pour l'ensemble des utilisateurs. Cela pose d'évidents problèmes de sécurité pour les données contenues dans ses applications, mais c'est surtout une législation extrêmement intrusive que seules la Chine ou la Russie osent envisager.

Dans ce dossier encore, l'APD (Autorité de Protection des données) a remis un avis très négatif. Mais plus personne ne semble écouter le gendarme des données des Belges. Il a perdu de sa légitimité, la faute à une gestion interne calamiteuse et des conflits d'intérêts permanents. Le monde politique refuse de régler le problème, malgré les menaces européennes et les conséquences qui sont énormes pour le citoyen.

"Nous avons besoin du numérique et nous avons besoin de sécurité, mais nous avons avant tout besoin de confiance."

Nous sommes dans une société numérique qui s'insère dans notre vie privée chaque jour un peu plus. L'état tente, à juste titre, de réguler ce monde qui lui a échappé jusqu'ici. Le délicat équilibre entre la lutte contre la criminalité sous toutes ses formes et le respect de la vie privée des citoyens lambda demande une vigilance au-dessus de tous soupçons. Il faut donc, au milieu du champ de bataille, un garde-fou avec un cadre réglementaire en béton armé. Nous avons besoin du numérique et nous avons besoin de sécurité, mais nous avons avant tout besoin de confiance. Le citoyen est conscient qu'il existe des menaces qu'il ne peut appréhender lui-même, mais doit pouvoir se tourner vers une autorité de référence censée garantir ses droits. L'autorité de protection des données devrait jouer ce rôle primordial, et faire autorité sur tout texte touchant aux données et à la protection de la vie privée des Belges. Ce n'est plus le cas depuis trop longtemps. L'amateurisme avec lequel la Belgique aborde les problématiques sociétales posées par le numérique n'est plus acceptable.

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