Quand la banque veut nous faire payer deux fois

©Aude Vanlathem

bpost banque voulait faire payer certains retraits d'espèces.

Les banques ont connu des temps plus tranquilles. Entre la faiblesse persistante des taux d’intérêt, la prudence de l’investisseur face aux tourbillons de la Bourse, les prévisions économiques mollissantes, la géopolitique imprévisible, les banques doivent s’accommoder de paramètres peu riants, qu’elles ne maîtrisent pas.

Conséquence de ce qui précède, leurs rentrées baissent. Cherchant la parade, les banques s’attaquent à ce qu’elles maîtrisent davantage: les coûts. Elles réduisent le personnel, coupent dans le réseau d’agences, boostent au maximum la banque digitale, de sorte que le client gère lui-même ses affaires – finalement, c’est encore le moins cher.

Avec tout ça, les coûts finissent par baisser. Mais pas assez, jugent les banques. Du coup, elles ont trouvé un nouveau truc: relever le tarif de leurs services. Elles s’y emploient depuis un moment déjà mais, désormais, elles s’activent par petites touches à sortir la gratuité de leur univers.

Car aujourd’hui, même les comptes gratuits deviennent… payants. ING a récemment décidé de facturer les retraits aux distributeurs autres que les siens, d’autres maisons l’ont rapidement imitée.

La banque vit de l’argent confié par ses clients. Il est injustifiable qu’ils doivent payer pour le récupérer.

Bpost banque a voulu aller un cran plus loin en imposant aux détenteurs du compte de base "gratuit" de payer pour effectuer un retrait, y compris aux distributeurs de la maison. Après un déluge de critiques ce vendredi, la banque (publique à 50% s'il vous plaît) a fini par y renoncer. Mais quelle sera la prochaine super idée? On veut bien parier que la créativité du secteur ne s’arrêtera pas là.

Il est vrai que le cash coûte cher aux banques. En transport, escortes policières, contrefaçons, etc. Des études parlent de centaines de millions d’euros par an pour la seule Belgique. Il est vrai aussi que le cash coûte cher à l’économie dans son ensemble dans la mesure où il facilite comme personne le blanchiment. On est d’accord.

Mais que ce soit par leurs tarifs ou par tout autre moyen, il n’appartient pas aux banques de forcer le passage à un monde sans cash. Cette question les dépasse, elle concerne tout le monde et, tant que le cash est utile à la vie quotidienne (quand il n’y est pas indispensable), les banques doivent assurer ce service de base. Parce que cela fait partie de leur métier. Parce que tout le monde ne va pas virer 100% numérique. Parce que même le client digital a parfois besoin de liquide.

Et puis, il y a autre chose. L’argent, c’est la matière première des banques, son indispensable carburant. C’est avec l’argent confié par les uns qu’elles octroient des crédits aux autres, prenant au passage (logiquement) la marge qui les rémunère.

La banque vit de l’épargne confiée par ses clients. Il est injustifiable qu’ils doivent payer pour avoir la grande chance de récupérer… leur propre argent. 

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