Quand la finance passe du côté vert de la force

Responsable du service Investir

En faisant plier un mastodonte comme ExxonMobil sur la question des enjeux climatiques, le fonds activiste Engine N°1 est parvenu à réaliser un véritable tour de force qui restera gravé dans les annales, tant il témoigne d'un changement de perception dans le monde de la finance.

C'est un camouflet historique que le petit fonds activiste Engine N°1 vient d'infliger au géant du pétrole ExxonMobil en s'emparant, contre son avis, de deux sièges de son conseil d'administration pour y accélérer la transition énergétique. D'autant plus qu'il n'est pas isolé, au vu de ce qui se passe chez les concurrents Chevron, Shell, Total ou BP. Le vent semble ainsi tourner au sein d'un secteur mis au pied du mur face aux enjeux climatiques.

On aurait, à cet égard, tort d'y voir une victoire de David contre Goliath. Certes, Engine N°1 ne pèse pratiquement rien dans le capital d'ExxonMobil. Mais si le petit poucet est parvenu à ses fins, c'est surtout parce qu'il a réussi à obtenir le soutien d'un ogre comme BlackRock.

Le premier gestionnaire d'actifs au monde, avec 9.000 milliards de dollars sous gestion, est lui un poids lourd dans le capital du groupe pétrolier dont il est le deuxième actionnaire, mais il l'est aussi plus largement dans l'économie en général, au travers de ses participations tentaculaires. S'il a fait le pas de soutenir la cause d'Engine N°1 dans cette affaire, c'est probablement parce qu'elle lui permettait de prouver enfin qu'il peut joindre l'acte à la parole.

L'enjeu climatique n'est plus seulement une belle utopie philanthropique, c'est devenu une histoire de gros sous. Et c'est précisément pour cela que la thématique fait mouche sur les marchés financiers.

À la fin de l'année 2019, son patron Larry Fink s'était, en effet, lancé dans un grand plaidoyer en faveur de l'investissement durable. Avec cette phrase qui résume bien les enjeux: "le risque climatique est un risque financier." Face aux critiques de plus en plus insistantes des ONG qui ne voyaient pas grand-chose venir en la matière, le colosse vient enfin de démontrer qu'il pouvait passer à l'action.

Pour autant, il ne faudrait pas tout mélanger. La lutte contre le changement climatique n'est plus seulement une belle utopie philanthropique, c'est devenu une histoire de gros sous. Et c'est précisément pour cela que la thématique fait mouche sur les marchés financiers. L'investissement durable est aujourd'hui devenu véritablement rentable.

S'il n'est pas exclu qu'il s'agisse encore d'une bulle boursière gonflée par l'euphorie ambiante, il faut en même temps remarquer que les changements viennent ici davantage de la finance que du monde politique, qui tergiverse depuis des décennies sur la question.

C'est d'ailleurs la raison pour laquelle il ne s'agit plus, ici, d'un match entre David et Goliath, mais d'un combat de titans. La force du marché semble avoir viré au vert et c'est cette force qui contraint aujourd'hui les acteurs économiques à s'adapter à la nouvelle donne. Une force souvent critiquée ces dernières années, mais qui a peut-être aujourd'hui trouvé un nouveau souffle.

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