Quand le bar ferme ses portes

Peut-être certains intervenants sur les marchés espéraient-ils que le fameux bar à liquidités resterait ouvert indéfiniment.

"Comment éviter un krach obligataire?  Comment ne pas répéter les erreurs de 1994?" Ces questions tournent dans la tête de Ben Bernanke depuis des semaines. Des mois même. Et en allumant ses écrans hier matin, le patron de la Réserve fédérale (Fed) a dû voir avec un certain effroi les cours des obligations piquer du nez. Pourtant, le grand maître de la politique monétaire américaine a le sentiment du devoir accompli. Que peut-il faire de plus? 


Mercredi soir, qu’a-t-il dit exactement à l’issue de la réunion du comité de politique monétaire? Primo, la Fed va réduire son programme de rachats d’actifs financiers cette année. Secundo, elle mettra un terme à ce programme en 2014, sans doute vers la moitié de l’année. Tertio, une hausse des taux directeurs, actuellement au plancher, n’est à prévoir qu’en 2015. C’est ce qui s’appelle une politique "progressive".  Tout le contraire de ce que la Federal Reserve avait fait sous Alan Greenspan en 1994. 


1994, c’est l’année du krach obligataire par excellence. Par surprise, la Fed avait remonté ses taux une première fois en février, avant de dégainer encore à cinq reprises durant l’année. Les marchés obligataires n’avaient pas résisté. La chute des cours avait été terrible, ce qui avait occasionné des secousses en cascade sur les marchés financiers, avec à la clé des moins-values spectaculaires pour pas mal d’investisseurs. Tout cela, Bernanke en est conscient. Il ne veut pas brusquer les marchés. Hier, ces derniers ont pourtant réagi de manière très épidermique. Peut-être certains intervenants espéraient-ils que le fameux bar à liquidités resterait ouvert indéfiniment. Impossible évidemment. Le bar devra fermer. Pour Bernanke, il s’agit de réussir la sortie de crise, mais également sa propre sortie de la scène monétaire puisque Barack Obama ne compte pas renouveler son mandat à la tête de la Fed en janvier prochain. 


Si Bernanke est donc chargé de préparer les clés, c’est son successeur qui verrouillera les portes du bar l’an prochain. D’ici là, les marchés auront sans doute eu le temps de s’accoutumer à la nouvelle donne et… à une certaine abstinence.

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