Quand même les "précurseurs" de la durabilité s’avouent dépassés

Journaliste

Emmanuel Faber (ex-Danone), figure de proue de la responsabilité sociétale des entreprises, concède que la révolution à l’œuvre dans son secteur est allée "encore plus vite" que les changements qu’il a mis en place. Pour une entreprise, disposer d’une stratégie "durabilité" ne suffit plus.

Le match entre durabilité et performance des entreprises est terminé. Et l’on sait désormais que les deux n’avaient aucune raison de s’affronter: les engagements sociétaux ne freinent en rien les résultats économiques.

Et la rentabilité financière? C’est plus compliqué, admettons-le. Mais l’urgence est là, en témoigne cette alliance inédite des universités belges dans la finance durable. L’ambition de leur "master class" conjointe? Générer des changements rapides dans les grandes organisations en matière de décisions et d’investissements durables.

Le "comment" ne sera toutefois pas simple. Difficile d’imaginer plus emblématique dirigeant d’une grande organisation qui est aussi un précurseur de la responsabilité sociétale qu’Emmanuel Faber.

Or, le patron déchu du géant de l’alimentation Danone évoque dans ces pages l’un de ses plus grands regrets: n’avoir pas réussi à transmettre suffisamment sa vision aux consommateurs. Avec pour conséquence des avancées moindres sur le terrain de l’alimentation durable? Pas du tout.

Le principal perdant de ce regret, dit l'ex-prophète de l’ "entreprise à mission", est… Danone. La vitesse des changements de consommation dans l’alimentation - plus de local et plus de végétal, a en réalité pris de court les avancées mises en œuvre ces dernières années par la multinationale.

Quand un précurseur autoproclamé s’avoue dépassé sur son propre terrain, où en sont les retardataires inavoués?

Cette semaine on apprenait que 30% des plus grandes entreprises belges (en chiffres d’affaires) négligent à la fois précision et transparence dans leur communication sur leur empreinte carbone.

C'est le genre de politique des (tout) petits pas qui est devenue risquée, en plus d’être suspecte.

Par contraste, cela fait plusieurs années que le moindre petit pas vers (un peu) plus de durabilité en entreprise prend la forme d’une communication prolixe. Il est pourtant révolu depuis longtemps, le temps des grandes annonces pour des changements incrémentaux. Des révolutions industrielles sont en cours. Et les investissements en dizaines de milliards se succèdent jour après jour dans tous les secteurs économiques.

Se contenter d'installer trois panneaux photovoltaïques sur le toit d’un site dont le modèle économique - le cœur de métier ! - ne bouge pas pour un sou, c’est le genre de politique des (tout) petits pas qui est devenue risquée, en plus d’être suspecte.

Ce n’est plus que les enjeux environnementaux "ont le vent en poupe", ou que "le vent tourne". Performance économique et durabilité jouent désormais dans la même équipe.

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