Quand Merkel joue à faire peur

Journaliste

Élections en Grèce.

Comment interpréter la prétendue sortie – en privé – de la Chancelière allemande sur la possibilité d’un retrait de la Grèce de la zone euro en cas d’une arrivée au pouvoir de la gauche radicale dans ce pays? En apparence, les rumeurs dont fait état le "Spiegel" ont tous les aspects d’une tentative de pression maladroite. Pourtant, tous les dirigeants européens le savent: la meilleure façon d’aider un gouvernement de l’UE en sérieuses difficultés dans les urnes, c’est souvent de ne rien dire. La suppression des frontières et les élections européennes n’y ont rien changé: lors d’une campagne électorale, la moindre déclaration d’une chancellerie étrangère reste la plupart du temps contre-productive, car perçue comme une insupportable intrusion dans la vie politique nationale. À moins que le message ne soit quasi subliminal…

Que Syriza gagne ou pas les élections, la viabilité de la dette grecque n’est pas assurée.

Que le principal secouriste de ce grand malade qu’est la Grèce s’inquiète de l’évolution de l’état de santé de son patient, y compris en évoquant les scénarios les plus radicaux, quoi de plus normal? Mais de là à imaginer qu’Angela Merkel ait désormais envie de tester la capacité de résilience des nouveaux mécanismes de sauvetage et de stabilité de la zone euro, il y a de la marge. Personne ne pourrait garantir que tout risque de contagion serait écarté si Athènes devait abandonner la monnaie unique. Non seulement les autres États convalescents restent fragiles mais, de surcroît, la liste des pays susceptibles d’être frappés par une crise de liquidité, voire de solvabilité, compte un candidat potentiel de plus: la France. Or, personne n’a oublié que tous les spécialistes avaient fait remarquer lors de la création du Mécanisme européen de stabilité (MES) que le principal dispositif européen de gestion des crises financières était insuffisant pour faire face à un vacillement de l’Italie.

Reste que ces spéculations cachent une inquiétante réalité: que Syriza gagne ou pas les élections, la viabilité de la dette grecque n’est pas assurée. L’austérité a eu pour effet de faire repasser l’endettement public de 120% du PIB en 2009 à près de 175% du PIB aujourd’hui. Là est le vrai problème.

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