Edito | Que le monde politique respecte l'Agence de la dette

Journaliste

L'Agence de la dette gère les risques de taux et de refinancement de manière prudente et diligente. Les critiques de politiciens nuisent à la réputation belge.

L’Agence fédérale de la dette s’est retrouvée sous les feux croisés de politiciens ces derniers jours. Accusée de "sortir de son rôle", voire de faire le jeu de certains partis, cette haute administration mérite beaucoup plus de considération.

L’Agence de la dette se voit reprocher d’avoir proposé au gouvernement de réduire le précompte mobilier du bon d’État à un an. Cette possibilité était pourtant inscrite dans une loi approuvée à l’unanimité des membres de la commission des Finances. Y siègent les représentants des partis qui, aujourd'hui, s’offusquent de cette sollicitation néanmoins légitime de l’Agence.

Ces politiciens justifient leur refus d’avantager fiscalement le bon d’État à un an par le coût actuellement plus faible des emprunts à plus long terme. Ce raisonnement passe mal à l’Agence de la dette, habituée à gérer le risque de taux, c’est-à-dire les conséquences de l’évolution future des taux sur les emprunts réalisés aujourd’hui.

C’est un peu comme si début 2022, quand le taux belge à un an était négatif, on avait incité l’Agence à emprunter surtout à court terme. Quelques mois plus tard, il aurait fallu refinancer un stock de dette important à des taux élevés. L’Agence, prudente et diligente, a plutôt emprunté à long terme à des taux qui, à l’époque, paraissaient élevés, mais qui, aujourd’hui, contribuent à un taux moyen supportable pour l’ensemble de la dette belge.

L’Agence de la dette a gagné la confiance des marchés grâce à une saine gestion. Il serait navrant que ces efforts soient minés par des discours politiques hors de propos.

Attaques infondées

La situation est inversée de nos jours, avec des taux longs plus bas que les taux courts. À nouveau, l’Agence de la dette est prévoyante et emprunte en partie à court terme, pour bénéficier bientôt de la baisse des taux qui se profile.

L’Agence gère aussi le risque de refinancement: si on empruntait aujourd’hui exclusivement sur dix ans parce que le taux à dix ans est le plus intéressant, on se retrouverait, en 2034, avec un stock de dette considérable à refinancer. Pour éviter ça, on répartit les emprunts sur différentes échéances, dont certaines à des taux plus élevés, certes. Mais ça permet d’échelonner les refinancements futurs pour que la dette soit soutenable.

Ces considérations sont absentes des discours des politiciens qui ont vertement critiqué l’Agence de la dette. Ces attaques infondées sont potentiellement dommageables pour la réputation de l’État belge sur les marchés. L’Agence a gagné la confiance des investisseurs grâce à des années de saine gestion du refinancement de la dette publique. Il serait navrant que ces efforts soient minés par des discours de campagne politique hors de propos. Il est tout aussi regrettable que les mêmes politiciens aient tant tardé pour trancher sur la fiscalité du bon d'État, importante pour les investisseurs particuliers.

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