Que Minsk entre dans l'Histoire

Après l’accord de cessez-le-feu en Ukraine.

Que cet accord mette fin au bain de sang. C’est une pensée pieuse, un espoir empreint de naïveté à l’heure où le séisme ukrainien redessine l’Europe de l’après 1989. Il faut pourtant s’y agripper. L’accord signé hier à Minsk au terme d’une nuit de négociations est pavé de bonnes intentions. Il esquisse un espoir de paix, et c’est déjà beaucoup. Sur le fond pourtant, rien de bien neuf. Les rebelles séparatistes et le pouvoir central ukrainien avaient déjà conclu un accord de cessez-le-feu et un plan de paix en septembre. Le nouveau texte en reprend les grandes lignes : cessez-le-feu, création d’une zone tampon, contrôle de la frontière russo-ukrainienne... La principale nouveauté de ce texte en treize points réside dans son patronage : Vladimir Poutine, Angela Merkel et François Hollande sont parvenus à se mettre d’accord pour lui apporter leur soutien. Alors que des Ukrainiens prennent par milliers la route de l’exode pour fuir les tirs d’artillerie, cette volonté pourrait à tout le moins – on l’espère – freiner la guerre. Mais il est bien trop tôt pour se bercer d’illusions. Il suffit de lever les yeux pour voir les signes de mauvais augure (en pleines négociations, quelques dizaines de chars sont passés de la Russie à l'Ukraine...).

Dans un tel contexte, l’accord de Minsk est déjà un petit miracle.

Le cessez-le-feu est prévu pour dimanche à minuit. Les belligérants le respecteront-ils ? Quatorze jours plus tard, les armes lourdes devront avoir disparu d’une bande large de 70 km, le long de la ligne de front. Les belligérants obtempèreront-ils ? Ensuite, l’Ukraine devra reprendre le contrôle de sa frontière dans les territoires pro-russes – on attend de voir ça. Car fondamentalement, qu’est-ce qui a changé depuis septembre? Pendant que Moscou armait les séparatistes, les Européens n’ont pu que constater le peu d’effet de leurs sanctions sur le terrain. La situation s’est dégradée à l’avantage des séparatistes, qui menacent à présent les villes stratégiques de Marioupol et Debaltseve. Des centaines de civils sont morts. Dans un tel contexte, l’accord de Minsk est déjà un miracle. Puisse ce petit pas pour l’Ukraine entrer dans l’Histoire comme un grand pas pour la diplomatie.

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