Qui est le grand méchant loup de l'immobilier?

Journaliste

Une brique vaut mieux que deux tu la loueras

C’est la resucée du conte bien connu, immortalisé par Walt Disney, que vivent la plupart d’entre nous pour l’instant. On vous rappelle l’intro: trois petits cochons quittent le foyer familial pour tenter leur chance dans le monde. Le premier se construit une maison de paille; le deuxième, une maison de bois; et le troisième, une de briques et de ciment. On connaît la suite…

Et si le loup, quel qu’il soit, venait à détruire deux maisons sur trois?

Oui, mais voilà: aujourd’hui, acquérir ou se construire une maison, fût-elle de paille, devient une gageure pour le commun des cochons qui ne sont pas nés dans une étable dorée. Le prix d’acquisition gonfle et souffle aussi fort que le loup sur le pouvoir d’achat des petits cochons. Les moins gras se replient donc vers la location, coûteuse et qui ne rapporte qu’aux plus aisés. Certains, appâtés par des taux d’intérêt au plancher, se saignent néanmoins pour acquérir un toit solide et durable, au risque de se retrouver sur la paille.

Conscients de voir fondre leur lard pour longtemps, ils sont pourtant encore nombreux, acquéreurs comme investisseurs, à tenter l’aventure. Trop, selon la Banque nationale qui, il y a quelques jours, a elle aussi soufflé le froid: les banques belges ne pourront plus prêter plus de 80% du montant total de l’achat ou du projet immobilier s’il est réalisé à des fins d’investissement locatif. Si le petit cochon veut se loger, la banque pourra prêter jusqu’à 90% du prix. Pas davantage.

Nul doute que, comme dans le conte, les petits cochons useront de ruse pour arriver à leurs fins de propriétaires en herbe. Le dernier baromètre des notaires semble le confirmer: malgré la hausse continue des prix et les barrières posées par les organismes de prêt, jamais il n’y a eu autant de transactions signées.

Certains, bien ou mal intentionnés, brandiront encore la menace de la vessie de porc spéculative; d’autres continueront à chanter qu’ils ne craignent pas le grand méchant loup évoqué par les experts de tout poil, et qu’une porte solide acquise au prix fort vaut mieux que deux tu la loueras pour espérer faire bouillir la marmite par ces temps de petit profit.

Reste, comme dans tout conte, la morale. Si le loup, quel qu’il soit, venait à détruire deux maisons sur trois, les deux petits cochons sans domicile fixe pourraient-ils encore se réfugier chez le plus malin des trois? Leur resterait-il le bout de gras pour payer le loyer?


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