Rébellion, espèce en voie d'expansion

Rédactrice en chef adjointe

Le mouvement mondial de désobéissance civile en faveur du climat Extinction Rebellion a déjà convaincu des centaines de personnes en Belgique.

On a marché. Marché  encore. Le jeudi avec la classe. Le dimanche en famille. On a voté. Plusieurs fois. Et rien n’a changé. On passe donc à la vitesse supérieure: la désobéissance civile.

C’est le raisonnement qui sous-tend le mouvement Extinction Rébellion. Occuper des endroits interdits, bloquer l’entrée de certains symboles du consumérisme. Avec un but: conscientiser la société aux problèmes engendrés par le réchauffement climatique. Et un objectif ultime: changer le système économique. "System change, not climate change", brandit le mouvement.

Il n’y a pas débat là-dessus. On ne limitera pas le réchauffement climatique sans revoir de fond en comble le mode de vie de nos sociétés. Et pour les membres de XR – les initiales du mouvement – il faut le faire maintenant. En urgence. D’où ces actions spectaculaires.

L’engagement de XR est moderne, non violent, citoyen et international. Saluons-le. Pour autant, il charrie aussi son lot de questions.

L’engagement de XR est moderne, non-violent, citoyen et international. Saluons-le. Pour autant, il charrie aussi son lot de questions. Au premier rang desquelles: faut-il désobéir pour faire avancer une cause? Oui, répondent les militants de XR qui citent volontiers Ghandi et Martin Luther King. Des références indiscutables. Rappelons cependant que quand Ghandi a entamé la "Marche du sel" c’était pour sortir l’Inde de la mainmise britannique. Et quand Rosa Parks a refusé de céder son siège, c’était l’abolition de la ségrégation raciale qui était en ligne de mire. Bref, pour acquérir de haute lutte des nouveaux droits. XR, lui, interpelle, conscientise, veut qu’on change le système économique, qu’on décrète l’urgence climatique, qu’on dise stop à la croissance sans limite.

Si louables soient ces objectifs, ils ne sont en rien de nouveaux droits à acquérir. Avec une double difficulté. Tout d’abord, comment estimer si la cause est sauvée? Car ce qui constitue le but ultime pour l’un est peut-être une simple victoire pour l’autre. Qui voudra peut-être aller plus loin. Plus fort.

Et c’est un risque qui plane au-dessus d’Extinction Rébellion. La radicalisation du mouvement. On entend les mots convergence, black blocks, gilets jaunes dans le sillage de XR. Des affinités à éviter si le mouvement veut trouver, dans la population, l’assentiment dont il a absolument besoin pour faire perdurer son action dans le temps.

Ensuite et c’est l’autre difficulté, transposer le message dans les rouages de la démocratie. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Aucun raz-de-marée vert ne déferle sur les urnes. Les programmes politiques restent vert pâle. Certaines entreprises font toujours le gros dos quand on évoque "une économie moins tyrannique".

Or ce n’est qu’en réussissant à faire passer son message à l’ensemble de la société que XR atteindra son but. Qu’on n’aura plus besoin de marcher, d’occuper.

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