Remettre la cathédrale au milieu du village

Rédacteur en chef adjoint

Edito de Serge Quoidbach

Et voilà que pour une histoire de poutres, les vilains patrons se font encore sonner les cloches. À peine les Arnault, Pinault et consorts sortent-ils leur chéquier pour reconstruire la cathédrale de Notre-Dame que la France d’en bas monte sur les barricades et dénonce les suppôts du capitalisme.

Et voilà que pour une histoire de pierres, la France se déchire sur l’autel de la bien-pensance. Pourquoi diable (sic) pleurer pour des vieilles pierres, toutes sacrées soient-elles, alors que la rue crie sa misère à la face d’un gouvernement qui se dit désargenté?

Si débat il doit y avoir, il se situe dans cette méfiance viscérale vis-à-vis des "grands patrons".

Pitoyable image que nous renvoie la France cette semaine. Une querelle de chiffonniers qui nous montre que, cette fois, sur la hampe nationale, le gilet jaune a remplacé le tricolore bleu-blanc-rouge.

Qu’en dire? Soyons jésuites, c’est de saison, et disons qu’on est d’accord avec tout le monde.

Oui, il faut dénoncer l’hypocrisie de l’"optimisation" fiscale. Oui, on peut pleurer devant des pierres vieilles de mille ans. Et oui, il faut pleurer pour les SDF, les victimes de guerre, les affamés.

Oui, encore, tout le monde, petites et grandes fortunes, a le droit de participer financièrement à la reconstruction d’un édifice qui, rappelons-le, fait la fierté d’un pays et lui rapporte une poignée de millions.

Si débat il doit y avoir, il se situe plutôt dans cette méfiance viscérale d’une certaine frange de la population vis-à-vis des "grands patrons". On la retrouve singulièrement en France, mais aussi sous nos latitudes. Si les uns, riches, veulent donner, si les autres, pauvres, ont droit à davantage, pourquoi ne pas en profiter pour redynamiser l’implication de nos patrons dans la chose sociétale?

En 2017 (derniers chiffres disponibles), les fondations des entreprises américaines ont consacré le montant record de 410 milliards de dollars à la philanthropie. Certains programmes impliquent les employés eux-mêmes. Leur rayon d’action va de la lutte contre la pauvreté aux droits des femmes, en passant par la recherche médicale ou l’éducation. L’associatif renforce la démocratie, disait Alexis de Tocqueville.

En Europe, sur les dix plus grands donateurs, la plupart sont anglo-saxons, scandinaves ou allemands. L’Europe du Sud n’y apparaît pas, ou si peu. Problème culturel? Certainement. Le monde protestant accorde davantage sa confiance à l’entreprise privée.

Les lois fiscales entourant la philanthropie sont encore jeunes chez nous. Certaines initiatives existent, mais elles sont encore timides.

Dans le débat qui fait rage, dans cette crispation mortifère qui oppose la rue à l’élite, remettons l’église au milieu du village, et, non loin du parvis, les entreprises. Elle est peut-être là, la leçon de Notre-Dame.

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