Rendez-vous dans les prétoires

Anne-Sophie Bailly

Expropriation des minoritaires de Nyrstar

On l’a déjà écrit. On le répète. Une assemblée générale est un moment fort dans la vie d’une entreprise. Un rendez-vous indispensable tant pour rendre des comptes aux actionnaires, que pour les informer sur la marche des affaires. On comprend donc la colère des minoritaires de Nyrstar. Elle est légitime. Les détails du plan de sauvetage, les conditions de la recapitalisation, notamment, n’ont pas été d’une transparence totale. Les bases préalables à la tenue d’une assemblée générale sereine n’ont jamais été posées.

Agir sur le manque d’informations fournies à l’assemblée est la meilleure (la seule?) voie à suivre pour l’actionnaire minoritaire de Nyrstar.

La FSMA a d’ailleurs donné raison aux actionnaires du producteur de zinc en enjoignant la direction à ajouter des points à l’ordre du jour de la prochaine assemblée et à reporter le vote sur l’approbation des comptes annuels. C’est une belle victoire. Mais sans jouer les Cassandre, on serait tenté de dire qu’elle pourrait être la seule sur laquelle les minoritaires pourront compter. Car pour le reste, on voit mal ce qui empêcherait Trafigura de mener à terme son plan. Et d’exproprier les minoritaires pour un euro symbolique. Les administrateurs du groupe ne disent d’ailleurs pas autre chose, en pointant "ne pas voir dans ce deal des inconvénients qui ne seraient pas compensés par des avantages". Emploi garanti pour les salariés, intérêt des créanciers préservé. Chacun y trouve son compte. Sauf l’actionnaire minoritaire qui se voit signifier un bon de sortie à 14 centimes. Quand on sait que le titre a frôlé les 50 euros, l’addition s’avère salée.

Mais c’est la règle du jeu. Une action est, et reste, un actif à risque. Liée aux aléas de la vie de l’entreprise qui peuvent aboutir à un démantèlement, à une faillite. Il ne faut jamais l’oublier. Et à ce niveau, la marge de manœuvre des porteurs de titres est réduite, pour ne pas dire nulle. Agir sur le manque d’informations est donc la voie qu’ils peuvent suivre. Une manière, aussi, d’ajouter un atout dans leur jeu si un jour, actionnaires et dirigeants se retrouvent non plus en assemblée mais dans les prétoires. Pour parler non plus informations, mais dommages et intérêts.

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