Résister à la loi du talion

Frédéric Rohart

L’aube d’une guerre commerciale annoncée

L’Europe ne tendra donc pas l’autre joue. Quand son plus grand allié se prépare à cogner sur ses emplois industriels, elle serre le poing et annonce sa riposte: ça sera œil pour œil, la réaction sera équivalente en valeur au préjudice subi. La Maison-Blanche confirme qu’elle déclenchera à la fin de la semaine les hostilités contre les producteurs d’acier et d’aluminium qui fournissent les États-Unis. L’Union répond qu’elle augmentera le prix des importations américaines d’un éventail de produits allant des jeans Levi’s au bourbon, en passant par le beurre de cacahuètes. Donald Trump a déjà raillé l’avertissement, brandissant le coup suivant: "On peut mettre une grosse taxe de 25% sur leurs voitures."

Il faut une diplomatie franche qui tienne compte des contraintes chinoises, et qui annonce un rééquilibrage progressif.

Le mouvement naturel de ce type d’hostilités – qui ne sont pour l’heure que verbales – est un cercle vicieux: tour à tour, les partenaires érigent de nouvelles barrières pour "rééquilibrer" la relation commerciale, détruisant à chaque fois des emplois par milliers chez le voisin. Donald Trump n’en a visiblement cure. Il faut pourtant résister à ce mouvement.

En commençant par accorder ceci au locataire de la Maison-Blanche: le statu quo n’est plus tenable. Les États-Unis comme l’Europe ont poussé trop loin le laisser-faire de leur désindustrialisation au profit d’un pays, la Chine, qui joue le jeu de la mondialisation avec ses propres règles. Oui, les surcapacités du secteur sidérurgique chinois, directement financées par Pékin, doivent cesser. Mais les États-Unis font fausse route en prenant le problème comme un interrupteur à éteindre brutalement. Sans égard pour les milliers de travailleurs qui seraient subitement plongés dans le noir, ni pour le gouvernement qui aura à l’expliquer. Sauf à considérer ses partenaires commerciaux comme des ennemis, il faut prendre le problème comme un curseur que l’on tourne lentement. Pour éviter la guerre commerciale, il faut une diplomatie franche, qui explique pourquoi la balance doit être rééquilibrée, qui tienne compte des contraintes du partenaire, et qui place les jalons d’un rééquilibrage progressif. Trump n’est pas de cet avis, il préfère brandir ses "grosses taxes". L’Europe, la Chine et les autres seraient bien inspirés de ne pas sombrer dans le mimétisme.

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