Retour à la réalité

Alain Narinx

11,1 milliards à trouver, un défi pour le prochain gouvernement.

11,1 milliards d’euros. Voici le déficit structurel prévu pour 2021 à politique inchangée, selon les derniers calculs publiés ce vendredi par la Banque nationale de Belgique. Ce chiffre témoigne de l’ampleur de l’effort à réaliser si la Belgique veut respecter son engagement européen d’un retour à l’équilibre budgétaire dans deux ans.

Dans le même temps, alors que le contexte international reste agité (Brexit, guerre commerciale…), la croissance économique atteindra 1,2% cette année et 1,1% l’an prochain, toujours selon la BNB. Ce pronostic a été révisé à la baisse, même si l’économie belge résiste plutôt bien. En Allemagne, la première économie de la zone euro et notre principal partenaire commercial, la Bundesbank ne prévoit plus qu’une hausse de 0,6% du PIB cette année.

Deux semaines après les élections, ce double message est clair: il est temps de revenir à la réalité. La marge de manœuvre financière des prochains gouvernements sera très faible. Il est temps pour les partis de parler vrai et de dire aux citoyens que les belles promesses prononcées avant le scrutin vont se heurter aux contraintes budgétaires. Les choix politiques en seront d’autant plus délicats à opérer.

Il est temps de laisser tomber les ukases et les exclusives. N-VA et PS, par exemple, vont bien devoir se parler.

Cette réalité économique souligne aussi l’urgence politique: la Belgique ne peut pas se permettre de naviguer longtemps sans pilote. Autrement dit, la constitution des différents gouvernements doit s’effectuer sans tarder. Les affaires courantes ne peuvent s’éterniser, d’autant qu’arithmétiquement, l’exécutif sortant de Charles Michel ne dispose plus que d’une faible minorité (38 sièges sur 150 à la Chambre), qui ne lui donne pas la légitimité pour agir.

En outre, le budget n’est pas la seule urgence. Le climat, le dossier de la 5G, les pensions, la mobilité, pour ne citer que quelques exemples non-exhaustifs, nécessitent d’être pris en charge rapidement.

Selon les informateurs royaux Didier Reynders et Johan Vande Lanotte, les présidents de parti sont conscients qu’une longue crise comme celle vécue en 2010-2011 n’est plus possible. C’est déjà ça. Mais cela n’offre évidemment encore aucune solution.

Pour la trouver, il est temps de laisser tomber les ukases et les exclusives. N-VA et PS, par exemple, vont bien devoir se parler. La balle est d’abord dans le camp des nationalistes flamands. Ils doivent ranger leur confédéralisme au placard: il n’est pas une option car il ne répond ni aux vœux d’une majorité de Belges, ni aux défis et à l’urgence du moment. Si la N-VA s’arc-boute sur son idéologie séparatiste au point de la privilégier à une "goed bestuur", les autres partis flamands doivent accepter de former un gouvernement fédéral sans majorité côté néerlandophone. L’heure est au réalisme politique. Le chrono tourne.

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