Sans les profs, le Pacte ne vaut rien

Journaliste

Le réforme de notre système éducatif, souhaitée par l'OCDE et défendue par le Pacte d'excellence, ne peut être menée à bien que par les enseignants. Et nous autres parents devons les y aider.

"Enseignez comme au XXIe siècle, plus comme au XIXe!" , nous disait voici une semaine Andreas Schleicher, le docteur enseignement de l’OCDE. ça tombe bien, c’est ce que les francophones cherchent à faire avec le Pacte pour un enseignement d’excellence.

Oui, la Fédération Wallonie-Bruxelles veut réformer. Un bon point. Oui, plusieurs mesures envisagées seraient sur la bonne voie: en finir avec ce satané redoublement, ne plus appliquer les mêmes recettes à tous, allonger le tronc commun. Toutes choses que préconise l’OCDE. Deux bons points.

Aucun décret ne pourra changer la mentalité des profs, aucun décret ne pourra les obliger à oser changer de lunettes.

La ministre de l’Enseignement Marie-Martine Schyns nous le réexplique en long, en large et en travers dans nos colonnes (lire en page Politique), contrant (ou approuvant) point après point le discours du docteur Schleicher.

Mais il y a deux choses essentielles qu’il faut garder à l’esprit. Un, cette révolution promise par le Pacte, elle n’est pas pour aujourd’hui. Ni pour dans trois mois. Ni même pour dans trois ans. Il faudra attendre une décennie avant de pouvoir en mesurer les effets. Le tronc commun ne sera réalité dans les écoles qu’en 2027. Il ne changera rien pour les ados d’aujourd’hui. Une génération perdue. Ce Pacte, c’est un pari sur l’avenir. Et un pari risqué.

Risqué, car sa réussite dépendra avant tout des enseignants. Ils sont seuls maîtres à bord face à leur classe. La FWB peut décréter ce que nos enfants doivent apprendre. Elle peut décréter du nombre d’élèves qu’il faut dans les classes. Elle peut décréter des conditions de travail des enseignants, de comment ils sont recrutés, du nombre d’heures de cours… Elle peut décréter beaucoup de choses, mais pas du "comment" apprendre aux enfants.

Aucun décret ne pourra changer la mentalité des profs, aucun décret ne pourra les obliger à oser changer de lunettes. Sortir de leur zone de confort pour aborder de nouvelles pédagogies plus innovantes, adaptées aux jeunes du XXIe siècle. Ces kids nés avec un smartphone ou une tablette dans la main, hyperconnectés, déjà abreuvés d’informations par le net. Génération Google. Or, c’est de cela dont l’école a besoin. Un changement de mentalité. De la part des profs, mais aussi des parents.

Eux, nous, devons apprendre à laisser tomber certains tabous. Accepter qu’enseigner, ce n’est pas simplement diffuser un savoir et le faire rentrer à coups de leçons "par cœur" dans la tête de nos enfants. Enseigner aujourd’hui, c’est ouvrir l’esprit de nos enfants à la créativité et l’expérimentation, les aider à être critiques sur ce que le monde leur renvoie, leur apprendre pourquoi on s’est battus à Marignan en 1515, et pas seulement la date, leur apprendre à comprendre et utiliser E = mc² plutôt que de l’ânonner le regard vide.

Cela, seuls les profs ont le pouvoir de le faire… Sans eux, sans leur conviction qu’il y a moyen de faire mieux, autrement, le Pacte ne donnera rien.

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