Sévices techniques

Simon Souris

1.900 emplois menacés chez Proximus

C’est le serpent qui se mord la queue… Comment l’État actionnaire peut-il laisser Proximus sabrer dans l’emploi de telle manière? Alors qu’il peut compter sur ses propres administrateurs. Que fait, par exemple Stefaan De Clerck, du haut de son perchoir?

On entend les cris, mais, voilà, ne s’agit-il pas de cris d’orfraie poussés face à un serpent qui se mort la queue?

Alors, on entend bien, et comprend évidemment, d’un regard de citoyen, les cris qui sont poussés face à l’important plan de restructuration mis mardi sur la table du conseil d’administration de l’opérateur historique Proximus. Après tout, les chiffres sont éloquents. Il en irait tout de même d’un virage stratégique emportant avec lui quelque 1.900 emplois – quand 1.250 embauches seraient réalisées, soyons précis –, à une époque où les "jobs, jobs, jobs" étaient pourtant vantés à grands coups d’élancées lyriques par le gouvernement de centre droit qui prévalait jusqu’il y a peu. Cela fait d’ailleurs tache sur un bulletin pré-scrutin.

Mais voilà. N’est-on pas là face à des cris d’orfraie? La question peut choquer. Ou pas, en fonction des sensibilités. Mais la réalité ne peut, elle, être niée. Pourquoi? Parce que Proximus, tel que ce géant belge des télécoms a été pensé, opère sous la bannière d’entreprise publique autonome. Situation qui l’exclut de facto du champ d’application de la loi Renault sur les licenciements collectifs.

Et là, il n’y a plus de place pour les soupirs et autres chuchotements. Autonome, cela a un sens. Alors arrêtons l’hypocrisie, qui veut qu’un gouvernement s’indigne d’une ligne qu’il a peut-être lui-même contribué à tracer, à l’aide de ses relais politiques placés à la tête de l’entreprise. D’une voix vive.

Avant de prévoir un plan de transformation vers plus de digitalisation, peut-être faudrait-il s’atteler à transformer le lourdaud tout court, trop chargé et malmené que pour pouvoir se mouvoir rapidement dans un secteur où l’agilité est devenue le maître mot. Pas en y travaillant sur le capital humain, non. Son management et ses équipes se débattent depuis des années désormais pour parvenir à faire face. Et couper la tête de l’actuelle patronne, sur le modèle Bellens, du nom de son prédécesseur, ne ferait que reporter le problème sur un éventuel remplaçant. Qui ne pourrait être nommé par le politique que trop tard face aux défis pressants.

Non, peut-être est-il temps de travailler sur le fond: l’actionnariat. À l’image d’un opérateur comme VOO, se pose une question simple: fait-il aujourd’hui encore partie du rôle de l’État de cadenasser une activité comme les télécoms, aussi soumise aux vents de géants dérégulés à la Facebook, Netflix, et autres acteurs du monde technologique?

Lire également

Contenu sponsorisé

Partner content