"Sofagate": l'Europe stratège se prend les pieds dans le protocole

L'humiliation d'Ursula von der Leyen est d'abord une grave bévue européenne. Avec le "sofagate" d'Ankara, l'Union "stratège" s'est payé un incident diplomatique interne sous les yeux du président Turc.

Si le protocole sort de l'ombre, dégainez les parapluies: la douche froide n'est pas loin. Mardi, lors d'une visite à Ankara en tandem avec Charles Michel, la présidente de la Commission européenne Ursula von der Leyen a été mise dans une situation inédite. Alors que les présidents du Conseil et de la Commission sont traités avec le même égard lorsqu'ils interviennent ensemble, le protocole turc n'avait prévu qu'un siège à côté du président Erdogan pour leur réunion de travail. Ursula von der Leyen n'a eu droit qu'à un long canapé latéral, en regard de celui où avait pris place le ministre turc des Affaires étrangères. Interdite face aux deux présidents prenant place, elle s'est raclé la gorge d'un «ehm» sonore pour leur signifier sa réprobation. Un détail à côté de l'enjeu des deux heures de discussion qui ont suivi ? Peut-être, mais lourd de sens et de sous-entendus.

La présidence turque a-t-elle volontairement organisé l'espace pour créer une tension entre deux pôles du pouvoir européen? A-t-elle voulu mettre à l'écart une femme au moment où les Européens venaient défendre la Convention d'Istanbul contre les violences faites à leur égard et dont la Turquie vient de sortir? Le problème est ailleurs.

Car le protocole, ça se prépare, ça se négocie, ça se modifie. Or en l'espèce, l'Europe elle-même n'est pas d’accord pour dire si le mode d'emploi a été respecté. Le rang de la présidente est exactement le même que celui du président du Conseil européen, dit-on à la Commission. Pas tout à fait puisque l'ordre de préséance fait passer Charles Michel devant sa collègue, indique-t-on en face.

L'Europe garde à son bilan l'image déplorable d'une présidente de la Commission tenue à l’écart contre son gré.

L'Europe voudrait se caricaturer, elle ne pourrait mieux faire. Depuis la création du poste de président du Conseil européen, la tension entre les deux pôles du pouvoir européen monte à intervalle régulier - comme quand Donald Tusk et Jean-Claude Juncker s'écharpaient sur la question migratoire. Sur le ton de l'humour débonnaire, ce dernier avait un jour confié au président américain que des deux présidents de l'Union, "il y en a un de trop".

Les deux présidences ont leur rôle et leur sens, mais leur tandem déraille dès qu'ils arrêtent de pédaler en cadence. Face à la Turquie d'Erdogan, à la Russie de Poutine et à la Chine de Xi, l'Europe ne pouvait se permettre le luxe du cafouillage. Elle l'a pourtant fait, et garde à son bilan l'image déplorable d'une présidente de la Commission tenue à l’écart contre son gré. Une douche froide pour l'Europe "stratège".

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés