Sortir du cauchemar la tête haute

Rédacteur en chef adjoint

Après douze mois de crise sanitaire et économique, place au bilan. Pour que ce cauchemar nous serve à quelque chose.

Il y a un an, le coronavirus paralysait nos sociétés. Le silence s’installait dans nos vies, interrompu par le macabre décompte des contaminés, des patients en soins intensifs, des morts. Puis il y a eu ce brutal arrêt de l’économie. De longues semaines de confinement dont nous ne sommes sortis qu’à moitié, livrant une partie de la population à la solitude et au dénuement. Aujourd’hui le constat est là : ces douze derniers mois ont disloqué notre quotidien.

"Nous pouvons aussi observer ce que cette crise sanitaire a permis de réaliser, là où, acculés, nous nous sommes dépassés."

Nous pouvons regarder cette année coronavirus avec ces yeux-là, bouffis de colère et de douleur, appelant au réveil comme à la sortie d’un long cauchemar. Ne pas le faire relèverait du déni de réalité et d’un manque indécent de compassion pour les familles endeuillées et pour les plus fragilisés. Mais nous pouvons aussi observer ce que cette crise sanitaire a permis de réaliser, là où, acculés, nous nous sommes dépassés.

Qui aurait pu imaginer que le télétravail puisse être développé à ce point qu’il rebat les cartes de la mobilité, de l’occupation de bureau, et repousse aujourd’hui les limites numériques de nos sociétés? Qui dans le grand public connaissait les ARN messagers, cette technologie génétique au cœur de certains vaccins les plus prometteurs alors que leur utilisation n’était il y a un an qu’au stade de la recherche? Qui aurait pu rêver d’un accord autour d’un emprunt européen, commun aux Vingt-Sept, de 750 milliards pour notamment financer des projets durables et digitaux aux quatre coins du Vieux Continent?

"Plus que de monnaie sonnante et trébuchante, notre économie aura besoin de vision et de stratégie qui doivent dépasser les égotismes politiques."

Positiver ne doit pas nous aveugler. Car les manquements restent nombreux. Nous avons la meilleure couverture santé au monde, nous dit-on souvent, mais notre système décisionnel, notre manque d’efficacité, notre paralysie institutionnelle a causé des couacs inadmissibles et des dérapages qui ont coûté la vie de nombreuses personnes. Les errements dans la communication ont aussi jeté laissés-pour-compte et complotistes de tous bords dans les bras d’un populisme rampant auquel il faudra s’attaquer. Enfin, plus que de monnaie sonnante et trébuchante, notre économie aura besoin de vision et de stratégie qui doivent dépasser les égotismes politiques.

La crise nous a libérés de certains carcans, déplacé des frontières autrefois infranchissables. Mais les défis du nouveau monde apparaissent déjà. À nous, citoyens, consommateurs, politiques, d’en tirer le meilleur. Pour que ces douze mois de crise sanitaire ne restent pas qu’un long cauchemar à oublier, mais nous apprennent au contraire à nous améliorer là où nous n’avons pas été à la hauteur.

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