Sous la ligne d'horizon

Un discours sombre sur l’état de l’Union.

Depuis des semaines, les services de la Commission européenne se sont appliqués méthodiquement à battre du tambour. Oyez oyez, le président va parler. Restez connectés, Jean-Claude Juncker s’apprête à donner le "la". Le discours sur l’état de l’Union que prononçait mercredi le patron du Berlaymont devait être un moment de communion pour les Européens. Mais Juncker, pourtant capable de saillies, est apparu terne. Sans verve, il a souligné les menaces qui pèsent sur cette Europe qui, il le disait déjà il y a un an, "manque d’Union". Et pour le reste, il s’est largement fait le notaire des équilibres politiques de sa majorité.

L’Europe doit oser redevenir ce qu’elle fut: une utopie.

Où est la vision? La Commission de Juncker est volontaire, on ne peut pas le lui retirer. Les multinationales ne paient pas assez d’impôts? Forçons-leur la main. Le plan sur les investissements stratégiques ne fonctionne pas trop mal? Prolongeons-le. Le grand marché génère du dumping social? Régulons.

Pour le reste, la balle n’est-elle pas dans le camp des États (encore) membres de l’Union? En partie, c’est vrai. Mais on ne peut s’empêcher de penser que ce qu’il manque dans le discours de Juncker et de sa Commission, c’est d’une véritable ambition. L’Europe s’est faite par des avancées concrètes, répète-t-on ad nauseam. Le problème est que ces avancées servaient un dessein qui aujourd’hui peine à rassembler. Quand les pourfendeurs de l’Europe gagnent la bataille d’Angleterre et quand les valeurs fondamentales de l’Europe – les Lumières – sont remises en cause par des dirigeants européens, on n’attend plus seulement d’un capitaine de navire qu’il cherche à tenir son cap.

On aurait espéré d’un président de la Commission qu’il s’autorise à esquisser un projet plus audacieux que celui de "préserver notre mode de vie". Les Européens ont besoin d’une nouvelle ambition collective; l’Europe doit oser redevenir ce qu’elle fut: une utopie. Elle pourrait être de bâtir un modèle de développement respectueux de l’Homme et son environnement – un chantier de rénovation et de création aux visées universelles.

C’est le chantier galvanisant de ce siècle. Mais l’Europe, empêtrée dans le quotidien de ses crises, broie du noir. Et Juncker reste sous la ligne d’horizon.

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