Stop aux demi-mesures

Rédacteur en chef adjoint

La Belgique ne s'est jamais équipée vraiment des outils pour maintenir son économie ouverte malgré la pandémie. Il est temps que ça change.

D’un côté, un virus qui court toujours, qui mute, qui interdit de baisser la garde. De l’autre, une société aux abois, une économie en lambeaux, et chaque jour qui passe une balafre qui entaille nos libertés. Tel est l’étau oppressant dans lequel notre société et nos politiques restent coincés alors que dehors, nos sens ne perçoivent qu’un doux parfum printanier. Depuis deux mois, la courbe s’obstine à suivre un plateau trop élevé pour lâcher la bride. Ce qui force nos dirigeants à laisser notre économie entre deux eaux, mi-ouverte, mi-fermée, entre veille au grain et limitation des dégâts. Une demi-mesure qui laisse planer ce faux sentiment que l’économie n’est "que" mise sous cloche.

Dernièrement, des économistes comme Philippe Aghion (Collège de France) et Patrick Artus (Natixis) sont revenus sur le coût économique d’une telle gestion sanitaire, celle qu’on appelle "stop and go": mesures restrictives lorsque les courbes grimpent, ouverture progressive de l’économie lorsqu’elles baissent. Une stratégie qui selon eux calcifie les entreprises et dégrade lentement, mais sûrement leurs perspectives de croissance et d’emploi. Les économistes opposent cette gestion à celle du "zéro Covid" en vigueur en Corée du Sud, Australie, Islande…: confinement total strict pour réduire les chiffres à leur minimum, suivi d’une intense campagne de testing, tracing et d’isolement. Selon les économistes, les pays zéro Covid ont gagné 10 points de PIB par rapport à l’Europe.

Les citoyens belges sont prêts à subir les mesures s’ils savent que les autorités mettent tout en œuvre pour les limiter dans le temps et qu'ils en voient des résultats. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette confiance est rompue.

Nulle intention ici de cautionner une stratégie par rapport à l’autre. Mais plutôt de livrer ce constat: nous contenter de demi-mesures, de non-décisions, d’attentisme ne peut que livrer notre économie à une zombification certaine. Pourtant équipée pour le faire, la Belgique n’a jamais réussi à développer une campagne de tests et de tracing à la hauteur des enjeux. Ce vendredi encore, les autorités préféraient faire le gros dos en attendant que l’orage passe. En attendant surtout que les vaccins fassent leur boulot: protéger la population.

Or ici aussi, non seulement la Belgique reste très en dessous de ses moyens d’action (Israël a vacciné la moitié de sa population), mais elle met aussi trop d’espoir dans une protection qui, les scientifiques ne cessent de le répéter, restera limitée dans le temps et très aléatoire face aux variants.

Les citoyens belges sont prêts à subir les mesures s’ils savent que les autorités mettent tout en œuvre pour les limiter dans le temps et qu'ils en voient des résultats. Le moins que l’on puisse dire, c’est que cette confiance est rompue. Il est temps que la Belgique trouve une force de frappe digne de ses capacités.

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