Suicide gouvernemental

Mathieu Colleyn

Aucun des deux principaux protagonistes de cette saga migratoire ne sera sorti gagnant de la dramaturgie de ce mardi 4 décembre. La séquence est catastrophique pour un Premier ministre poussé dans ses derniers retranchements. Charles Michel espérait que son leadership sorte renforcé de ce bras de fer avec la N-VA, le voici contraint de conduire son gouvernement à la chute.

En quinze jours de mano a mano, il n’aura pas réussi à faire bouger son partenaire d’un millimètre. Pour ne pas capituler, il ne restait plus au locataire du 16 qu’à choisir la moins infernale des options. Il l’a fait dès hier soir: il demandera à son opposition tant honnie de soutenir le pacte migratoire de l’ONU et son voyage à Marrakech le 10 décembre. Ce qui, en théorie, ne laisse qu’un choix à la N-VA: quitter le navire. Ce faisant, le Premier ministre anéantit tous les efforts fournis par le MR depuis quatre ans pour démontrer qu’une coalition solide avec les nationalistes est possible. Ce suicide gouvernemental charrie aussi son lot d’incertitudes quant à l’avenir électoral du MR et au sort politique du Premier ministre. De son côté, la N-VA, elle l’admet d’ailleurs volontiers, a commis une erreur désastreuse en lançant sur internet une campagne digne de l’extrême droite. Le Vlaams Belang, à qui elle dispute un électorat volatil, ne demandait pas si belle occasion de se vanter d’influencer la ligne de son concurrent.

Toutes les pistes qui s’offraient à Charles Michel donnaient des munitions à l’opposition.

En diffusant ces images illustrant le refus catégorique du parti d’approuver ce fameux pacte migratoire, la N-VA dynamitait du même coup le rendez-vous qui devait permettre une sortie de crise, écornant au passage l’image de parti responsable et gestionnaire qu’elle doit également soigner si elle veut demeurer première en Flandre. Elle abîme enfin définitivement ses relations avec le seul parti francophone qui semblait pouvoir collaborer avec elle, mais cette préoccupation semble avoir été reléguée depuis longtemps chez les nationalistes. Charles Michel aurait pu lâcher du lest et permettre à son partenaire de limiter la casse en faisant du sommet de Marrakech une étape sans valeur politique menant à une abstention de la Belgique à l’ONU. Mais cette piste consacrait l’humiliation d’un dirigeant qui a engagé son pays à signer ce texte à la tribune de l’ONU.

Et puis, encore fallait-il faire avaler cette infecte couleuvre aux deux autres partis de la majorité, le CD&V et l’Open Vld qui se sont positionnés en faveur du pacte. Au final, toutes les possibilités qui s’offraient à Charles Michel fournissaient à l’opposition des munitions à gogo pour les six mois qui nous séparent des prochaines élections.

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