Super League: le bal des hypocrites

Avec la création d'une Super League privée, les clubs les plus riches font main basse sur le sport le plus populaire au monde. La planète foot ne tourne plus rond.

Séisme, scandale, cynisme, égoïsme… La création d'une Super League fermée, à l’initiative d’une douzaine de clubs fortunés, fait hurler les tenants d’un football dit "noble", basé sur les performances sportives plutôt que financières. Du simple supporter, qui paie son écot parfois cher et vilain (tickets, merchandising, abonnements télé) pour permettre au club de son cœur de briller, aux puissantes fédérations comme la Fifa (la fédération internationale) et l’UEFA (l'Union européenne de football), en passant par une kyrielle d'experts et consultants, le projet est vilipendé de toutes parts. La Fifa "désapprouve une ligue européenne fermée et dissidente hors des structures du football", tandis que l’UEFA "veut mettre un terme à ce projet cynique, fondé sur l'intérêt personnel de quelques-uns au moment où la société est plus que jamais en quête de solidarité".

Trop de foot risque de tuer le foot.

C’est le bal des hypocrites! Ces dernières années, la Fifa et l’UEFA n’ont cessé de multiplier et d’allonger les compétitions pour faire rentrer davantage d’argent dans les caisses. Les différentes réformes de la prestigieuse Ligue des Champions, celle qui risque le plus de souffrir de la future Super League, ont accentué le fossé entre grands et petits clubs. Avec un effet boule de neige, car quand un club d’un petit pays comme la Belgique parvient à s’inviter régulièrement au bal de la Ligue des Champions, tel le FC Bruges ces dernières années, il creuse à son tour l’écart dans son propre pays, tant les primes de participation sont colossales.

Comble du cynisme, au lendemain de l’annonce de la création de la Super League, l’UEFA confirme la nouvelle mouture de la Ligue des Champions, qui fera une fois de plus la part belle aux "grands" pays – la France comptera un participant de plus – et multipliera presque par deux le nombre de matchs de poules. Dans le but une fois encore de voir s’affronter davantage les grands clubs entre eux, afin de générer plus de droits télévisés et de recettes marketing.

En fin de compte, ces réformes ont un triple effet pervers. Un: elles accentuent l’écart entre grands et petits pays du foot business. Deux: elles n’entraînent pas l’adhésion des joueurs, qui se plaignent déjà d’un calendrier surchargé (trois des meilleurs Diables rouges sont sur le flanc et risquent de ne pas participer à l’Euro). Trois: elles risquent de provoquer une overdose chez le fan, qui peut déjà regarder des matchs tous les jours de la semaine. En clair, trop de foot risque de tuer le foot.

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