Surveiller l'inflation comme le lait sur le feu

Journaliste

Aux États-Unis, certains banquiers centraux plaident pour discuter d'un resserrement monétaire. En Europe, nous en sommes loin, mais l'accélération de la hausse des prix a déjà provoqué une montée des taux d'intérêt ces derniers mois. Il est difficile de prévoir si ce phénomène va s'amplifier.

La crise sanitaire a poussé les autorités à apporter un soutien extraordinaire à l'économie. D'une part, les gouvernements des pays européens dépensent des centaines de milliards d'euros pour pallier la baisse de l'activité due aux mesures de confinement. D'autre part, la Banque centrale européenne injecte des centaines de milliards d'euros pour maintenir des conditions de financement favorables.

Nous aurions peut-être tendance à oublier que le soutien monétaire actuel est provisoire. La hausse de l'inflation pourrait nous rafraîchir la mémoire.

Cela fait maintenant plus d'un an que ces conditions financières extraordinaires sont de mise. Après tout ce temps, nous aurions peut-être tendance à oublier que ce soutien exceptionnel est provisoire. Mais un phénomène pourrait prochainement nous rafraîchir la mémoire: la hausse de l'inflation. Nous n'en sommes pas encore là, mais si l'accélération de la hausse des prix s'avérait finalement plus durable que la plupart des économistes ne le pensent, les banquiers centraux seraient obligés de resserrer les conditions monétaires plus vite que prévu. Les responsables monétaires ne peuvent pas se permettre de laisser les anticipations d'inflation perdre leur ancrage à long terme, sans quoi ils ne seraient plus crédibles au regard de l'objectif de stabilité des prix qui leur est assigné.

Ce débat n'est peut-être pas (encore?) d'actualité dans la zone euro, où l'inflation sous-jacente reste largement inférieure au niveau souhaité, mais aux États-Unis, certains banquiers centraux commencent à s'inquiéter de la montée des prix. C'est ce que montre le dernier compte rendu de réunion de la Réserve fédérale. Si leurs craintes se matérialisent, cela impliquera un resserrement monétaire plus rapide qu'attendu, avec toutes ses conséquences, à savoir une remontée plus franche des taux d'intérêt.

Quand, en février, nous écrivions dans nos colonnes que le risque de hausse des taux était sous-estimé, le rendement des obligations belges à dix ans se situait à -0,13%. Actuellement, il fluctue autour de 0,25%. Certes, c'est encore un niveau très bas, mais cette évolution a déjà eu des conséquences. Certaines actions, comme les valeurs technologiques, ont souffert en bourse, parce que leur rendement est moins attrayant en présence de taux d'intérêt plus élevés. Les États et les entreprises doivent payer un peu plus cher pour emprunter. Les prêts aux particuliers sont aussi assortis de taux légèrement plus élevés.

Il est difficile de prévoir si ce phénomène va s'amplifier mais, tout comme les investisseurs des marchés boursiers le font actuellement, nous avons intérêt à surveiller l'inflation comme le lait sur le feu.

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