Tous bilingues? Ja, ja…

Nathalie Bamps

7% de chômeurs bruxellois bilingues

Prenez dix demandeurs d’emploi bruxellois. Posez-leur une question en néerlandais. Combien arriveront à vous répondre? Sur la base des statistiques, à peine un. Et encore, si vous avez de la chance.

À Bruxelles, les enfants apprennent le néerlandais dès la 3e primaire. Pourtant, ils n’en sortent pas bilingues.

7% des chercheurs d’emploi de la Région bruxelloise seulement maîtrisent l’autre langue nationale. Bruxelles, capitale de l’Europe, capitale d’un pays comportant, à la grosse louche, 55% de Flamands et 45% de francophones. Bruxelles, région bilingue par excellence.

Sept pourcent, donc. Alors que la moitié des offres d’emploi de la Région réclament la connaissance d’une autre langue (de préférence celle de Vondel). Sept pourcent, alors que théoriquement, tous sont censés avoir passé 9 ans à apprendre la seconde langue nationale à l’école. A Bruxelles en effet, les enfants apprennent le néerlandais dès la 3e primaire. C’est tard. Mais c’est déjà ça. Pourtant, ils n’en sortent pas bilingues.

Et ça handicape tout le monde. Le chercheur d’emploi bruxellois, qui voit les portes se fermer les unes après les autres lorsqu’il essaie péniblement d’aligner les quelques mots qu’il connaît en néerlandais. Les entreprises, qui refusent des candidats, ratent des contrats, faute de disposer de "la perle rare". Certaines, comme Securitas, en arrivent à former elles-mêmes ces demandeurs d’emploi, palliant ainsi un enseignement – honteusement – défaillant. Honteusement, oui, car est-il normal de considérer aujourd’hui qu’être Bruxellois et bilingue, c’est être une "perle rare"? Non.

Le Pacte d’excellence avait lancé un timide espoir, en inscrivant dans ses vœux un apprentissage des langues dès la maternelle, et des cours de néerlandais et d’anglais obligatoires dès la 1ère secondaire. On avait applaudi. Enfin un peu de bon sens!

Des ambitions à peine affichées qu’elles ont été revues à la baisse, faute de moyens, et sous la pression des syndicats craignant de voir la charge de travail augmentée. L’apprentissage de deux langues en parallèle sera repoussé d’un an. Et nous qui rêvions même de voir un jour surgir un véritable enseignement bilingue à Bruxelles…

On repassera. C’est regrettable. Et honteux.

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