mon argent

Tout va très bien, Madame la Marquise…

Journaliste

Une hausse de 30% d’activité sur un an. Vous en connaissez beaucoup, vous, des secteurs économiques qui pètent pareille forme en pleine convalescence? Des fournisseurs de liquidités aussi peu délocalisables sur lesquels un État peut compter pour se relancer à la sortie d’une crise pandémique?

Que nenni. Et pourtant, on déplore un tout petit rien. Une broutille. Un peu comme ces micro-puces électroniques en rupture de stock qui empêchent les voitures neuves de sortir des lignes de production.

Ce cheveu dans le bouillon bien gras, on l’a pourtant pointé du doigt voici deux ans déjà. On en a même parlé aux décideurs politiques régionaux, qui ont compati, en soupirant.

Non, on ne parle pas de l’augmentation du prix des matériaux de construction, qui rendent impossible d'honorer les devis signés il y a quelques mois à peine. On parle de la pénurie d’offres de logements – neufs puis anciens – mis sur le marché de particulier à particulier qui, à brève échéance, condamne la croissance actuelle, toute inédite qu’elle soit, à s’essouffler rapidement si elle n'est pas oxygénée.

On parle aussi de la pénurie de main d’œuvre qualifiée, source de production de ces logements neufs qui font et feront défaut dans les mois à venir pour alimenter le marché. Et pour équilibrer les plateaux de la balance sans pousser irrémédiablement à la hausse les prix des denrées de plus en plus rares et recherchées.

On le répète depuis deux ans déjà, avec l’impression de crier au loup sans être entendu. Comme si refuser de voir les choses allait les faire disparaître. Comme si poursuivre et condamner symboliquement des entreprises de construction qui font appel à de la main d’œuvre étrangère, faute de la trouver chez nous, allait changer quoi que ce soit à la source du problème.

Début septembre aura lieu à Bruxelles le salon immobilier Realty. Et on se dit qu'il est grand temps d'y programmer une table ronde réunissant toutes les forces vives du secteur et les politiques.

On se rassure au passage en constatant qu’on n’est pas les seuls. Que le non-respect du droit au logement est davantage bafoué encore dans les métropoles voisines que chez nous. Pas plus tard que ce mercredi, Céline Coubray, une collègue luxembourgeoise, faisait ce constat effrayant de non-assistance à personne en danger: "De plus en plus de familles sont en situation de détresse et se voient contraintes de vendre leur logement par le biais des ventes publiques. Mais ces familles ne percevront pas la valeur de leur bien sur le marché, car des ‘vautours’ de l’immobilier seront présents ce jour-là pour faire la bonne affaire." En toute légalité, pourrait-on ajouter.

Fin septembre aura lieu à Bruxelles le salon immobilier Realty. Et on se dit qu'il est grand temps d'y programmer une table ronde réunissant toutes les forces vives du secteur et les politiques. Pour tenter enfin de faire bouger les lignes sans plus s'en remettre à la fatalité et attendre que le soufflé, dont l'État a tant besoin, retombe inexorablement. En laissant une fois encore sur le trottoir les plus démunis.

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