Transformer oui, mais pourquoi tant de violence?

Paul Gérard

Bam! Proximus veut supprimer 1.900 jobs. Pan! Carrefour dit vouloir se séparer de 1.200 collaborateurs. Bim! ING efface 3.500 emplois.

Ces trois entreprises ne font pas le même business mais elles vivent la même réalité. De grandes maisons, enseignes bien connues et bien implantées, en pleine transformation. Elles ont raison de se transformer, puisque le monde se transforme. Chacun le comprend et le vit au quotidien.

Si la rémunération à l’ancienneté finit par se retourner contre les 55 +, il faut changer de logiciel.

Mais faut-il à chaque fois sortir l’artillerie lourde? Le traitement de choc est-il la seule option pour transformer une entreprise? Quel message envoie-t-on, à ses équipes et à tout le monde au final, quand on sort ces grands plans de transformation brutaux? On dit que le digital, ça fait mal. Que la casse est inévitable, désolé mais c’est comme ça. On répand du stress. C’est le management du Big Bang. Est-ce bien nécessaire, est-ce efficace?

Ce faisant, on instille l’idée qu’une part importante des actifs n’est plus adaptée. Il faut couper dans l’emploi parce que le monde change et parce que nous avons besoin de nouvelles compétences, disent ces entreprises. Comme par hasard, ce sont les plus âgés qui se retrouvent les premiers dans le viseur.

Cela aussi, c’est violent: les 55 ans et plus seraient incapables d’évoluer. L’être humain passe pourtant sa vie à s’adapter, à tout âge il compose avec le changement. Pourquoi en irait-il autrement en entreprise?

Le postulat ne tient pas et cache mal le véritable problème. Transformation digitale ou pas, c’est le coût du travailleur âgé qui pose problème et balaie tout autre argument. Gagner plus au fil des années, c’est sympa bien sûr. Mais si la rémunération à l’ancienneté finit par se retourner contre les 55 +, ou au contraire empêche le recrutement de plus jeunes, alors il faut changer de logiciel.

Débat difficile, sans doute, mais osons-le. Acceptons l’idée qu’un rééquilibrage des salaires entre plus jeunes et moins jeunes peut avoir du sens. Être jeune n’implique pas de galérer financièrement, être plus âgé ne suppose pas de gagner plus. On en a pris l’habitude, c’est sûr, mais ce n’est pas une raison pour poursuivre en ce sens.

Une telle approche suppose que chacun, l’entreprise comme l’employé et leur tutelle politique, sorte de ses réflexes faciles, dépasse les calculs à court terme et accepte qu’une question complexe se traite avec nuances.

Des pistes? Puisque rien n’oblige à aller toujours plus haut, faire un pas en arrière en termes de rythme, de responsabilités mais aussi de salaire peut être une solution en fin de carrière. On peut aussi imaginer des transferts entre secteurs, comme vont le tester ceux de la finance et des soins de santé. Cela a au moins le mérite de tenter quelque chose.

Ce qui compte ici, c’est l’inventivité. On y va?

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