Trop de taxes tuent les taxes

Journaliste

L'édito de Jennifer Nille.

L’exaspération est palpable chez les investisseurs belges, qu’ils soient particuliers ou professionnels. La perspective d’une taxe sur les plus-values, qui revient sur la table du gouvernement depuis 2012, rencontre de plus en plus d’opposition parmi les actionnaires, petits ou gros porteurs. L’association de défense des petits actionnaires Deminor a relevé dans une enquête que de moins en moins d’investisseurs particuliers se montrent en faveur d’une taxe sur les plus-values pour des titres détenus moins d’un an, alors qu’il y a deux ans, cette proportion atteignait plus d’un tiers des répondants.

Entre-temps, le Fédéral avait adopté une taxe sur la plus-value pour des titres détenus moins de six mois. 34 millions d’euros de recettes fiscales avaient été budgétés pour l’année 2016.L’objectif, pourtant faible, fut loin d’être atteint. Parce que les particuliers ont évité d’acheter des actions.

La perspective d’une taxe sur les plus-values rencontre de plus en plus d’opposition chez les actionnaires.

L’enquête de Deminor montre que depuis la suppression de cette taxe cette année, une partie des investisseurs ont recommencé à investir en actions. Tous ne sont cependant pas retournés vers la Bourse, car une autre épine est venue se planter dans le pied des investisseurs. La hausse du précompte mobilier sur les dividendes à 30% a poussé une partie des petits porteurs à se tourner vers des placements alternatifs tels que les montres de luxe, l’art, le vin… et l’or. Le désintérêt croissant des particuliers pour les actions progresse déjà depuis quatre ans, avait indiqué un rapport de la Banque nationale, alors que la fiscalité n’a cessé d’augmenter et de se complexifier. Face à l’investisseur, le gouvernement se retrouve confronté à la courbe de Laffer. L’économiste Arthur Laffer avait établi que la croissance des recettes fiscales de l’Etat s’inverse lorsque le taux d’imposition devient trop élevé.

Il n’est donc pas difficile d’en conclure qu’une taxe supplémentaire, sur les plus-values boursières, ne rapporterait pas grand-chose à l’Etat. Les investisseurs particuliers ne sont pas les seuls à subir un taux d’imposition trop élevé. Le secteur de l’assurance estime aussi de son côté que "trop is te veel". Il s’inquiète d’une taxe sur les plus-values qui pourrait être durcie pour les sociétés. Pour rappel, les sociétés belges paient déjà une taxe de 25%, pour les titres détenus moins d’un an, avec laquelle elles s’accommodent. Le secteur des assurances craint également une taxe sur les transactions financières de 0,1% sur tout type de transaction, que l’Etat négocie avec neuf autres pays de l’Union européenne. Cette perception de taux d’imposition trop elévé par les investisseurs ne doit pas être oubliée alors que le gouvernement tente de faire basculer les charges fiscales sur le travail vers le capital.

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