Trump, fais-moi peur

Vincent Georis

Le Président américain a soufflé le chaud et le froid sur l'Alliance atlantique, jouant tantôt au loup solitaire et tantôt au leader inspiré.

À peine débarqué à Bruxelles, Donald Trump tirait un tweet rageur sur Angela Merkel, accusant l’Allemagne de verser des millions à la Russie pour son gaz. Un argent utilisé par Poutine pour acheter des armes avec lesquelles il menacerait ensuite l’Otan, ce qui obligerait les Etats-Unis à assurer la défense de tous.

D’autres coups suivirent, lors du sommet le plus glacial qu’a connu l’Alliance depuis la guerre froide. Par Twitter. Par rumeur. Jusqu’au paroxysme. Une menace à peine voilée de retirer les Etats-Unis de l’Otan si les dépenses militaires des alliés n’augmentaient pas "immédiatement".

Du sommet de Bruxelles, il ne devrait rester au Président américain que le goût d’une victoire bâtie à la hussarde sur le sable du temps.

Pendant deux jours, le Président américain a fait cavalier seul, s’isolant des Européens. Même sa passion récente avec Emmanuel Macron paraissait jaunie. "Je ne comprends rien à ce qu’il raconte, mais ça sonne bien", s’amusa-t-il du Président français, alors qu’il l’écoutait parler la langue de Voltaire à quelques journalistes.

Jeudi matin, après deux ou trois tweets menaçants, comble de l’humiliation, Donald Trump critiquait ses 28 pairs devant les Présidents d’Ukraine et de Géorgie, forçant la tenue d’une réunion de crise sur les dépenses militaires.

À midi, la lumière fut. Après la réunion de crise où les alliés se seraient inclinés, Trump se livra à une conférence de presse inattendue et victorieuse. Le changement de ton fut radical. Le Président américain entonna un "je crois en l’Otan" à tirer les larmes du plus vieux crocodile arpentant les sommets de l’alliance depuis sa fondation. Avant un "je suis un génie très stable", balancé à la presse du monde entier comme à une première amoureuse rencontrée dans le bar miteux d’une cité texane. Et de conclure par un "je veux la paix dans le monde" à lui offrir un aller simple pour Oslo afin qu’il y reçoive le prix Nobel de la paix.

Au final, cette stratégie de la menace a eu un impact psychologique réel. Quant à savoir si cela sera suivi d’effet… Les dépenses militaires des alliés devraient croître. Mais les objectifs cités par Trump sont irréalistes, comme les dépenses à 4% du PIB. Aucun dirigeant n’y croit. Du sommet de Bruxelles, il ne devrait rester au Président américain que le goût d’une victoire bâtie à la hussarde sur le sable du temps.

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