Trumpiser l'Europe

Serge Quoidbach

La Commission a refusé la fusion Alstom-Siemens

Ce journal n’a jamais fréquenté le fan-club de Donald Trump. Nous marquerons donc cette édition d’une pierre blanche: nous allons invoquer le président américain, comme on citerait écrivain ou philosophe.

Reprenons le fait du jour: la Commission européenne a, comme prévu, rejeté la fusion entre Alstom et Siemens. En voici les arguments: sans concurrence, le nouveau géant aurait créé un monopole, une injure aux oreilles du gendarme européen, Margrethe Vestager. Et qui dit monopole, dit augmentation incontrôlée des prix, là où la concurrence saine empêche les dérapages: c’est le mantra de la commissaire. Elle n’a pas retenu l’argument principal des intéressés: la création d’un champion mondial capable de concurrencer la menace chinoise, incarnée par la toute puissante CRRC chinoise. Raison invoquée: la CRRC ne menace pas les intérêts d’Alstom et de Siemens en Europe. Un point.

Courroux à Paris et à Berlin, qui soutenaient fort logiquement le projet. Chez nous, le gestionnaire de réseau Infrabel, et les syndicats belges d’Alstom exultent.

Quelle qu’ait été la décision de la Commission, l’aventure ferroviaire de nos deux champions aurait laissé à quai son lot de mécontents. Elle a refusé le deal: les amateurs de mastodontes mondiaux, version européenne, en sont pour leurs frais. Si elle l’avait accepté, les consommateurs auraient trinqué. La Commission a joué la concurrence, c’est le mandat que tous les pays européens, Allemagne et France comprises, lui ont donné.

L’histoire Alstom-Siemens laisse pourtant un goût amer. La CRRC n’est pas une menace pour nos champions, comme ne l’étaient pas, hier, le secteur de l’automobile, celui des semiconducteurs, des smartphones, etc. La Chine inonde le monde au moyen de subsides massifs à son industrie, et verrouille de manière outrancière son propre marché. En face, l’Europe semble jouer aux gendarmettes. L’exemple d’Huawei qui nous piège avec la 5G en est un bon exemple.

Conclusion: hausser le ton face à la Chine pourrait être salvateur pour nos champions. Cette rhétorique ne vous rappelle rien?

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