Ukraine : une 3e année de tous les dangers pour l’Europe

Rédacteur en chef adjoint

Deux ans après le début de la guerre en Ukraine, la situation sur le terrain ne prête guère à l’optimisme. L’Europe tergiverse alors que pointe une troisième année déterminante pour son avenir.

C’était le 24 février 2022. Les troupes de Poutine fondaient sur l’Ukraine par le nord, l’est et le sud. Deux ans plus tard, la guerre s’étend le long d’un front gelé de plus de mille kilomètres, un front que la Russie a percé il y a quelques jours à Avdiïvka, verrou du Donbass, témoin de l’affaiblissement de la défense ukrainienne et de la détermination inassouvie du Kremlin. Il y a aussi ce blocage de l’aide américaine de 60 milliards de dollars par les partisans de Donald Trump. On croyait d’ailleurs l’Otan remise en selle, mais le candidat républicain a anéanti en une phrase le message de cohésion que l’alliance transatlantique brandissait depuis deux ans.

Autant de faits, de manquements, d’urgences qui montrent nos difficultés à peser sur le destin de l’Ukraine. Et sur celui de l’Europe tout entière.

En l’absence du grand frère américain, les Vingt-Sept sont incapables de remplir le trou béant de munitions dont l’Ukraine a urgemment besoin. Depuis janvier, l’aide militaire est à l’os. L’Europe avait promis un million d’obus l’année passée, elle n’en a fourni que la moitié. Or l’Ukraine en a besoin de 5 fois plus cette année. Les partenaires se chamaillent autour de la Facilité européenne pour la paix, un instrument financier visant à soutenir les forces armées ukrainiennes. L’Allemagne rechigne à y adjoindre des financements qu’elle déploie déjà en direct. La France et la Grèce veulent imposer un "buy European" alors que l’Europe n’arrive déjà pas à suivre. Face au blocage, la Première ministre danoise a annoncé que son pays allait livrer la totalité de son artillerie et invite ses collègues à en faire autant. En vain.

Économie de guerre

Pour l’heure, l’adage est plus que jamais prégnant : si l’Europe veut la paix, elle doit préparer la guerre.

À plus long terme, l’Europe commence à percevoir le danger russe à ses propres frontières. Les dépenses militaires des alliés européens de l’Otan devraient atteindre l’équivalent de 380 milliards de dollars en 2024, un bond spectaculaire de 25% par rapport au niveau léthargique qui prévalait avant l’invasion. L’effort reste faible, hélas, face à une Russie qui s’est mise en économie de guerre, consacre près d’un tiers de ses dépenses publiques au secteur militaire et peut compter sur le soutien sans faille de l’Iran et de la Corée du Nord. Que dire de la Belgique qui n’entend pas arriver aux fameux 2% de son PIB avant… 2035.

Deux ans après l’invasion en Ukraine, l’Europe ne semble toujours pas avoir pris la mesure de sa fragilité. Cette troisième année de guerre qui débute sera pourtant celle de tous les dangers, avec un Poutine désinhibé par une victoire électorale annoncée en mars prochain, un Donald Trump en pole position pour la Maison-Blanche et une Europe potentiellement gangrénée à l’issue des élections de juin par des partis extrêmes très ambigus face à la Russie. Pour l’heure, l’adage est plus que jamais prégnant : si l’Europe veut la paix, elle doit préparer la guerre. Et vite.

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