Un baromètre climatique

Le Saoudien Aramco fait son entrée en bourse

Il y a quelque chose de biblique dans l’introduction en bourse d’Aramco. Plus gros producteur d’hydrocarbures au monde, plus grosses réserves et, désormais, plus grosse capitalisation boursière: le colosse saoudien cultive tous les superlatifs. Telle une manne céleste tombant dans le désert d’Arabie, il fera pleuvoir une poignée de milliards sur la table du gouvernement saoudien.

Les princes ont d’ailleurs savamment joué la rareté, en n’ouvrant qu’une toute petite partie de son capital. Avec l’espoir que les premiers pas boursiers soient un succès, et que l’aventure leur permette de réduire la dépendance de leur économie vis-à-vis de l’or noir.

Mais ils ne sont pas parvenus à cacher le désintérêt des investisseurs. La tournée mondiale pour les attirer a tourné au fiasco. Le régime s’est rabattu sur ses caciques pour soutenir le projet. Résultat: l’introduction en bourse se fait dans le bas de la fourchette.

La suite de l’histoire se déroulera sur un autre plan. Et s’apparentera davantage à un combat de David contre Goliath. C’est en effet à l’heure où se déroule cette semaine une poussive COP25 pour sauver le climat, que ce grand symbole du réchauffement climatique met le pied (disons plutôt l’orteil) dans l’antre des marchés.

La courbe boursière d’Aramco pourrait se confondre avec celle de la température mondiale: plus elle grimpera, plus elle montrera la vaillance de l’industrie pétrolière et l’échec de nos sociétés dans leur lutte contre le réchauffement climatique. Plus elle baissera, plus nous pourrons nous en réjouir.

Espérons donc que l’introduction en bourse d’Aramco ne soit que la dernière cigarette d’un condamné: une dernière bouffée de pétrole, avant qu’un vent pur ne vienne tout balayer. C’est la lecture à avoir de cet événement boursier, le plus gigantesque et, espérons-le, le dernier de sa trempe.

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