Un coup de semonce pour le moins-disant fiscal

Les réformes fiscales annoncées par le président américain doivent lui permettre de financer des dépenses massives pour mettre à jour l'économie américaine. L'Europe du moins-disant fiscal devrait s'en inspirer.

Joe Biden a encore frappé. Après avoir proposé une hausse de l’impôt des sociétés de 21% à 28% pour financer son plan d’infrastructures, et après avoir suggéré de porter à l’échelle mondiale le taux d’imposition des multinationales à 21%, il s’attaque à présent aux Américains les plus riches : ceux qui affichent un revenu annuel d’un million de dollars ou plus verraient le taux d’impôt sur leurs dividendes et gains de capitaux quasiment doubler – à 43,4%. But de l’opération : financer un plan de soutien aux Américains moyens, avec notamment des dépenses dans l’éducation et la petite enfance.

La dynamique à l’œuvre outre-Atlantique éclaire d’une lumière crue la situation d’une Europe où l’on parle depuis longtemps de rééquilibrer la fiscalité, mais où l’action reste timide.

Si ces propositions passaient telles quelles au Congrès – rien n’est moins sûr – elles resteraient loin des taux de l’ère du prédécesseur que Biden prend en modèle, Franklin D. Roosevelt. Mais elles n’en marqueraient pas moins un tournant : après des années de politiques fiscales avantageuses pour les plus nantis – au point de voir certains d’entre eux réclamer des hausses d’impôts – l'heure n’est plus à prendre inconditionnellement les grands investisseurs dans le sens du poil, au nom de la défense de l’attractivité du pays. Face à une crise inédite, Biden change de logique: grâce aux nouvelles ponctions, l’Amérique va investir massivement dans son avenir – donc dans son attractivité –, y compris en usant d’effets de levier pour stimuler... l’investissement privé.

Le pari sera-t-il payant ? Le diable sera en tout cas dans les détails, dans la capacité du gouvernement américain à tenir son cap et fermer les échappatoires - originaire du Delaware, un paradis fiscal onshore, Joe Biden le sait bien.

Un miroir tendu à l'Europe

Reste que la dynamique à l’œuvre outre-Atlantique éclaire d’une lumière crue la situation d’une Europe où l’on parle depuis longtemps de rééquilibrer la fiscalité, mais où l’action reste timide, freinée par la concurrence fiscale de laquelle ses membres ne parviennent pas à sortir. Les Européens sont-ils seulement prêts à suivre Biden dans sa volonté de taxer les multinationales à 21% ? Demandez à Dublin.

En regard des montants d’investissement et de redéploiement économique annoncés par Joe Biden, le plan européen de 750 milliards d’euros décidé au début de la pandémie fait figure de poids-léger. Or il faudra attendre de longues années pour savoir si les Vingt-Sept sont prêts à mener ensemble une vraie politique fiscale commune pour financer le remboursement de ce plan et de ses prolongations éventuelles – notamment au moyen d’une taxe européenne sur les transactions financières qui reste, à ce jour, un serpent de mer.

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