Un faux départ pour le nouveau président iranien

Intronisé ce mardi, Ebrahim Raïssi entre en scène au moment où Washington accuse l'Iran d'une attaque en mer d'Oman. L'Europe tente de calmer le jeu.

Un ultraconservateur parmi les ultraconservateurs : contrairement à son prédécesseur, le nouveau président de la république islamique d’Iran devrait jouir lors de son mandat de la pleine cohérence de l’appareil d’État. Mais n’en déplaise à un peuple exsangue – qui a largement boudé le scrutin présidentiel –, Ebrahim Raïssi ne risque pas de redresser la situation socio-économique catastrophique du pays d’un coup de baguette magique. Et l'attaque d'un navire en mer d'Oman le 29 juillet pourrait compliquer les choses.

La crise économique est pour partie liée au Covid-19, mais surtout à la décision prise par Donald Trump en 2018 de restaurer les sanctions contre le régime, en torpillant l’accord international sur le contrôle du programme nucléaire iranien. Revenir à cet accord de 2015 est indispensable pour redresser le niveau de vie des Iraniens, dont la colère jaillit régulièrement dans des manifestations durement réprimées.

Le nouveau président a fait de "la levée des sanctions oppressives" une priorité, tout en prévenant que l’Iran "ne liera pas les conditions de vie de la nation à la volonté des étrangers". Une formule étrange, dans la mesure où c'est bien la volonté américaine qui plonge les Iraniens dans la misère, mais qui souligne que, lui président, le régime ne risque pas de changer ses fondamentaux stratégiques.

L'Europe met de l’huile dans les rouages, focalisée sur l'objectif d'une levée des sanctions américaines, qui permettrait à ses entreprises de reprendre pied en Iran.

Développement militaire de pointe – avec des programmes balistique, de drones et spatial. Soutien au régime syrien de Bachar al-Assad, au Hezbollah libanais, interventionnisme en Irak, au Yémen… Voire en mer d'Oman ? À peine Ebrahim Raïssi arrive-t-il au pouvoir que l’Iran se voit accusé par Washington, Londres et Tel Aviv d'être responsable de l’attaque par drone d’un pétrolier, qui a coûté la vie à deux Européens. La levée rapide "des sanctions oppressives" serait-elle compromise ?

L'huile européenne

Comme redémarrage diplomatique, on a donc vu mieux. Téhéran rejette les accusations. Et l’Europe fait ce qu’elle a toujours fait dans ce dossier : elle met de l’huile dans les rouages, focalisée sur l'objectif d'une levée des sanctions américaines, qui permettrait à ses entreprises de reprendre pied en Iran.

En attendant, l’Iran n’est pas complètement seul. Il peut singulièrement compter sur l'appui de la Chine, qui continue à tisser sa toile économique dans la région. On le voit en Afghanistan, où le retrait des troupes américaines annonce l'arrivée remarquée d'une Chine pressée de parler stabilité et investissements avec les Talibans. Les Européens le savent : le terrain abandonné par les Américains n'est pas perdu pour tout le monde.

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