Un gagnant, un perdant

Rédacteur en chef

La guerre des bassins

Ils le répètent, le martèlent. Constamment. Pas de guerre entre nous. Nul conflit entre bassins d’autrefois. Parlant de leurs cités, les hommes politiques carolorégiens et liégeois que nous avons sondés, insistent: deux grandes villes voisines qui ne se jalousent pas, ne se chamaillent pas. Et on ne demande qu’à les croire. Sauf que…

Lisez la première intervention du bourgmestre de Farciennes ci-contre et vous y entendrez l’étonnement face à notre démarche: "Qui va gagner, qui va perdre. Personne ne doit perdre (…)". Sage remarque. Sinon que, dans la réalité, tout le monde ne gagne pas. La question est surtout de savoir ce qu’on fait d’une "non-victoire". Osons même le tabou, que fait-on d’un échec? Car Vis-à-villes, cette série qui a accompagné toute cette semaine et opposé les deux grandes villes wallonnes (avant de passer aux suivantes) dans un match économique aux accents ludiques, n’est que cela: une radioscopie, un constat, une photographie de ces deux cités. Qui met en lumière les réussites et les échecs, les atouts et les faiblesses. En les opposant dans un esprit d’émulation.

Vis-à-villes n’est pas feue l’école des fans de Jacques Martin. Non, tout le monde ne gagne pas. Il y a des gagnants et des perdants. Un de chaque en l’occurrence. Et au terme de cette compétition économique, Liège s’est distinguée. Donc Charleroi perd. Parce que la ville de Paul Magnette et son agglomération demeurent, comme les chiffres l’ont démontré (2.602 points pour Charleroi, 2.906 pour son "adversaire"), plus pauvres que la cité ardente. Le taux de chômage y est plus élevé, la santé de la population, le niveau d’emploi moins bons… Tout n’y est cependant pas noir. Charleroi affiche un meilleur taux de renouvellement des entreprises que Liège, l’égale dans les emplois de haute technologie et compte moins de fonctionnaires.

Plutôt que clamer tel un vœu pieux qu’il n’existe pas de concurrence entre les deux villes, que ces mêmes élus se nourrissent de cette rivalité de terrils pour doper ensemble ces deux moteurs de l’économie wallonne. Cela ne se fera ni en niant cette compétition, ni en snobant la leçon qui émane de ce premier match économique. Une information sans doute plus essentielle que le résultat de la partie: Charleroi comme Liège se situent, selon les indicateurs économiques retenus par nos experts, globalement sous la moyenne régionale. La compétition que ces élus refusent et qui n’a en effet, au-delà de son pouvoir entraînant, et de son côté ludique, pas lieu d’être, n’est donc pas entre ces deux villes mais entre elles et le reste de la région. Pour combler un retard.

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