Un homme d'État européen

Journaliste

Dernière réunion de la BCE pour Mario Draghi.

Comme on a tendance à brûler ce qu’on a adoré, il serait sans doute un peu trop facile de vouer Mario Draghi aux gémonies à cause des dernières décisions, très controversées, de la Banque centrale européenne, institution qu’il a présidée pendant huit années.

C’est long, huit ans. En politique, les mandats sont généralement limités à quatre ou cinq ans. Mais en politique monétaire, les fondateurs de la zone euro ont estimé, à juste titre, qu’il fallait un long mandat pour garantir la plus grande indépendance aux banquiers centraux chargés de veiller à la stabilité des prix.

Mario Draghi a agi dans l’intérêt de toute la zone euro alors que les chefs d’État étaient focalisés sur leurs préoccupations nationales.

Avec ses collègues du conseil des gouverneurs de la BCE, Mario Draghi n’a, certes, pas réussi à atteindre un niveau d’inflation moyen proche de 2% durant sa présidence: la hausse des prix a été de 1,2% en moyenne depuis 2011. Mais le patron de la BCE a contribué à éviter une spirale déflationniste, ce qui constitue l’une des principales satisfactions de son mandat. L’autre est évidemment d’avoir préservé l’intégrité de la zone euro en évitant que les tensions extrêmes des taux d’intérêt des pays en difficulté budgétaire ne poussent ceux-ci à abandonner l’euro. Paradoxalement, le sauvetage de la zone euro par la BCE de Draghi a aussi empêché les marchés de continuer à faire pression sur les chefs d’État européens pour qu’ils consolident l’union monétaire. Résultat: à peine quatre ans après la fin de la crise de la dette publique de la zone euro, celle-ci reste toujours aussi fragile.

Mais Mario Draghi a le grand mérite d’avoir agi dans l’intérêt de l’ensemble de la zone euro, quand les dirigeants des États membres, trop focalisés sur leurs préoccupations nationales, ne parvenaient pas à nouer les compromis nécessaires. Aujourd’hui, Draghi est vu par les plus riches comme le responsable de la disparition des rendements et par les plus pauvres comme l’instigateur des politiques d’austérité budgétaire. Si est détesté de ces deux bords, c’est peut-être qu’il a mené la politique qui convenait le mieux à l’ensemble de la zone euro.

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