Un mur est tombé, allumons les bougies

Le mur de Berlin s'est effondré. L'Otan a perdu de sa crédibilité.

Citons Lao Tseu (c’est à la mode): "Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres." Dans une interview publiée ce vendredi dans l’hebdomadaire The Economist, Emmanuel Macron a tenté la lumière, mais sombre dans l’obscurité. L’Otan? En état de "mort cérébrale". L’Europe? "Au bord du précipice." L’avenir? "Un risque considérable que nous disparaissions géopolitiquement." Le mur de Berlin s’est effondré il y a tout juste 30 ans. On se serait attendu à plus de réjouissance. Le président français exagère-t-il? Non. Le constat est indéniable.

L’Otan d’abord: l’organisation n’a plus de crédibilité. En Syrie, l’un de ses membres, la Turquie, agit contre l’intérêt de ses collègues européens. Un autre et non des moindres, les Etats-Unis, s’en lave les mains. Le constat n’est pas neuf: depuis qu’Obama a ignoré, en 2013, sa "ligne rouge" lors des attaques chimique de Bachar el-Assad dans la banlieue de Damas, l’Europe doit se faire une raison: elle ne peut plus compter sur les Etats-Unis pour défendre ses valeurs à ses frontières.

Si l’espoir d’une Europe forte était permis il y a 30 ans, c’est parce qu’il existait un axe franco-allemand fort.

L’Europe justement. Depuis quelques mois, le président français soigne sa stature internationale. À la présidence de la Commission, du Conseil et de la Banque centrale européenne, c’est lui qui a imposé le rythme. Même si elle n’est pas suffisante, c’est de France qu’est venue la première réponse fiscale contre les Gafa, maintenant reprise par d’autres pays et l’OCDE. En début de semaine, sa visite d’État en Chine s’est voulue européenne: il y a emmené une ministre allemande et un commissaire irlandais. Macron n’est pas le premier Français à vouloir allumer dans les ténèbres une "bougie" européenne. En 2003, le ministre des Affaires étrangères Dominique de Villepin avait lancé son vibrant discours aux Nations unies contre la guerre en Irak.

En 2009, le président Sarkozy avait tancé au G20 la régulation financière internationale, et obtenu un an plus tard le sauvetage de l’euro. Unis, on aurait vu l’Europe briller dans le monde. Ce n’est malheureusement pas le cas. En choisissant la dramatisation dans The Economist la veille de la célébration de la chute du mur de Berlin, Emmanuel Macron a pris le risque de prendre l’histoire à rebours, et cabrer ses partenaires. Longtemps abandonnés à leur Rideau de fer, la Pologne et les pays baltes ont toutes les raisons de confier leur avenir à un Américain qui leur a dit un jour "Ich bin ein Berliner". Et si l’espoir d’une Europe forte était permis il y a 30 ans, c’est parce qu’il existait un axe franco-allemand fort et inclusif. Aujourd’hui, les partenaires de la France sont une Allemagne à bout de souffle, une Italie anéantie financièrement et une Espagne en crise politique et existentielle.

Sans compter le Royaume-Uni, qui tarde à remettre les clés d’une maison qu’il n’a jamais vraiment voulu habiter. Face à ces pieds nickelés, Macron se retrouve bien seul. En faire l’amer constat ne veut pas dire qu’il faille souffler sur la bougie. Bien au contraire…

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