Un Nobel et deux lumières dans l'obscurité

Vincent Georis

En luttant chaque jour contre la barbarie, Nadia Murad et Denis Mukwege nous rappellent que le changement repose avant tout dans les choix que nous faisons.

Denis Mukwege était au bloc opératoire, en pleine intervention, lorsqu’il apprit que le prix Nobel lui était décerné. Nominé pour la sixième fois, il n’y croyait plus. Sans hésiter, il en a reporté le mérite sur les femmes qui, chaque jour, retrouvent entre ses mains la dignité que des barbares leur ont arrachée. Rien ne l’arrête, pas même les menaces de mort reçues régulièrement.

Nadia Murad a reçu le même prix Nobel pour avoir osé prendre la parole, là où la "tradition" lui imposait pourtant de taire sa honte. Comme beaucoup d’autres femmes qui ont refusé de se convertir à l’islam, elle a subi durant plusieurs mois les violences sexuelles infligées en Irak par les hommes de l’organisation État islamique. Plutôt que de se cacher, elle dénonce depuis trois ans ces crimes et le génocide commis, dans l’indifférence du monde, contre sa communauté.

Ce double prix Nobel n’est pas là pour nous culpabiliser ou nous faire verser une larme de circonstance.

Ces deux lumières brillent dans l’obscurité d’un siècle où l’homme ne s’est pas encore émancipé de sa propre sauvagerie, un peu partout dans le monde, malgré les évolutions technologiques et sa civilisation prétendument aboutie. Un siècle où des hommes violent femmes et enfants au nom d’un dieu usurpé, d’un maître sordide, d’un seigneur de guerre, d’un trafiquant de drogues ou de minerais. Le plus souvent dans l’impunité la plus totale, ces hommes détruisent des vies afin d’entretenir le chaos dont certains tirent profit sans sourciller.

Ces deux lumières auraient brillé un peu moins si le prix Nobel avait été octroyé à des imposteurs, comme Donald Trump ou Kim Jong-un, divas populistes d’un scénario bidon où ils jouent à la fois le rôle du terroriste et du pacificateur.

Dans ces temps marqués du sceau du cynisme, il est de bon ton de murer ses frontières et sa nation en se dissociant de la misère du monde. Denis Mukwege et Noria Murad vont à contresens. Ils éclatent ces murs et ces frontières et nous imposent de regarder.

Sans eux, nous serions restés un peu plus indifférents au sort de ces victimes, sertis de ces œillères si pratiques qui nous permettent de jouir des bienfaits de notre société sans trop penser au reste.

Ce double prix Nobel n’est pas là pour nous culpabiliser ou nous faire verser une larme de circonstance. Il n’est pas là, non plus, pour que des gens en mal de célébrité récupèrent cette victoire en posant au côté des deux héros du jour.

Ce prix Nobel de la paix est là pour nous dire que nous avons le choix. Le choix de retourner à nos activités en ne changeant rien et tout ira bien ici dans le meilleur des mondes, tandis que des hommes là-bas continueront leur infâme besogne et que d’autres essayeront de liquider le docteur Mukwege.

Ou le choix de ne pas nous dissocier et de trouver cette étincelle dans nos vies, nos professions, nos entreprises, qui changera la donne. Ce petit plus d’humanité qui apportera, à force, de grands changements.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content