Un nouveau "pacte social" est opportun

Robert Vertenueil a été évincé de la présidence de la FGTB après avoir évoqué, sans mandat de sa base, un "pacte social" avec Georges-Louis Bouchez. Son successeur Thierry Bodson estime que les "temps ne sont pas mûrs". Pourtant, un tel "nouveau contrat" serait une bonne idée.

C4 pour Robert Vertenueil. La FGTB a décidé d’évincer son président. L’interview qu’il a effectuée avec Georges-Louis Bouchez a été l’étincelle qui a mis le feu au syndicat socialiste. S’il faut reconnaître que Robert Vertenueil a commis une maladresse en discutant sans mandat de sa base avec le président du MR, la sanction laisse une image navrante: comme si un simple dialogue avec un parti démocratique – fût-il aux antipodes de son combat – était une tare.

L’événement est une nouvelle illustration d’une société où la radicalité facile et l’entre-soi prévalent et où les vertus de la négociation et de l’empathie envers les autres s’estompent dangereusement. Il révèle un malaise plus profond à la tête du syndicat. La FGTB s’est davantage illustrée ces dernières années dans son opposition musclée – jusqu’à l’overdose, mais sans grand succès – à un gouvernement fédéral hostile. Une partie de sa base s’est radicalisée, poussée dans le dos par le PTB. Des dissensions entre néerlandophones et francophones ont parfois été patentes. Thierry Bodson, le successeur de Robert Vertenueil, va devoir ramener le calme en interne et, surtout, définir une stratégie.

Refonder notre modèle – de manière équilibrée – mérite bien que l’on s’y attarde et que l’on sorte des postures stériles.

Le rôle d’une organisation syndicale est de défendre les travailleurs. C’est un principe fondamental et légitime. Elle doit parfois user du rapport de forces et de la pression, jusqu’à la grève. Mais son rôle est aussi de participer à la concertation sociale avec le patronat et au dialogue avec les partis politiques. C’est même une plus-value fondatrice de notre modèle social belge. En ce sens, l’entrevue Vertenueil-Bouchez participait d’une dynamique constructive qu’on a trop peu vu dans les rangs fgtbistes.

Les deux hommes ont parlé de conclure un nouveau "pacte social", c’est-à-dire un grand accord pour faire face aux défis de demain. Ce "nouveau contrat" serait opportun. Le momentum est là: la Belgique fait face à une récession historique, on doit définir le "monde d’après" le coronavirus.

Les besoins de flexibilité des entreprises augmentent, les aspirations des salariés changent (par exemple pour un meilleur équilibre boulot/vie privée), le monde du travail évolue (davantage de télétravail, de digital…), le financement de la sécu est en jeu, notre économie doit s’adapter aux impératifs climatiques… Refonder notre modèle – de manière équilibrée – mérite bien que l’on s’y attarde et que l’on sorte des postures stériles. Robert Vertenueil avait raison.

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