Un Premier ministre en apesanteur

©Sofie Van Hoof

Combien de temps pourra-t-il conserver cette posture?

Elio Di Rupo a trouvé sa posture: celle de Premier ministre. Et il s’y tiendra jusqu’à ce que la campagne électorale remette les compteurs à zéro. C’est que la position est confortable. Vis-à-vis de l’extérieur tout d’abord: voilà un homme qui, après avoir dû faire la preuve l’an dernier que la Belgique était capable de se redresser, arrive au Forum économique mondial de Davos auréolé, entre autres, de la confiance des marchés, de la réduction du déficit budgétaire, d’une réforme de l’État… et même d’un prix Nobel de Physique. Il peut donc se payer le luxe de revendiquer — ce que le président socialiste français François Hollande a eu tant de mal à faire — une politique réaliste, dégagée des clichés et en prise avec "l’économie de marché contemporaine".

C’est plus qu’il n’en faut pour rassurer les patrons de haut niveau réunis cette semaine dans la station montagnarde suisse. Elio Di Rupo, qui sait se vendre comme personne, a choisi de communiquer ces bonnes nouvelles à travers quelques interviews ciblées à la presse belge et internationale.

Vis-à-vis de l’opinion publique belge, le message est sans doute un peu plus complexe à faire passer. Les atouts dont la Belgique peut se prévaloir à l’étranger sont une chose; les handicaps propres à notre pays en sont une autre. Le gouvernement fédéral est toujours confronté à un chômage trop élevé, à des records de faillites, à des charges sociales trop lourdes et à la méfiance du patronat flamand. Elio Di Rupo le sait, mais il se borne à souligner que son équipe s’est attelée à tous ces défis et a plutôt mieux résisté que d’autres pays européens.

Et il redéfinit, au passage, la fonction de Premier ministre dans la nouvelle Belgique fédérale: rassembleur et au-dessus de la mêlée. Donnant même un conseil de prudence à l’électeur: votez "bien", épargnez-nous le chaos de la crise de 2010-11, pour nous permettre de repartir rapidement à l’assaut du socio-économique — et notamment d’une réforme fiscale.

Jusqu’à quand le Premier ministre pourra-t-il différer le moment de se lancer dans la bagarre et laisser ses rivaux politiques, et même ses proches amis socialistes, s’étriper sans lui? L’interview conjointe dans "Le Soir" et "De Standaard", ce week-end, de Charles Michel (MR) et Wouter Beke (CD & V) démontre que les autres partis commencent eux aussi à vouloir mettre en avant une image de politiciens responsables et soucieux du bien de l’État.

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